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   À. S'emploie souvent pour de: la maison à Placide; la vache à la veuve Norine; le garçon à Pierre à Paul. C'est de l'ancien français. On le trouve chez la plupart des vieux auteurs, et de tout temps, parmi le peuple: «La femme à Téthon». (DESPORTES, Élégies); «Le messaigre au (du) vieil de la montagne». (JOINVILLE); «La fille à Seianus ne pouvait être punie de mort». (MONTAIGNE); (Les noms de famille n'ont commencé à paraître en France que vers la fin du XIIe siècle); «Dieu garde la fille au roy Loys, / Qui me reçoit, quand on me chasse». (MAROT, Épîtres 44). Le Dictionnaire de l'Académie autorise: la part à Dieu.
   Cette manière remonte aux origines de la langue — pro Deo amur des serments de 842 [Serments de Strasbourg], littéralement, pour amour à Dieu en offre le premier exemple. Deo représente le datif qui se traduit par à en français. Le latin eut donné pro Dei amore ou Dei amore, pour l'amour de Dieu.
   Li Deo inimici, du Cantique [de la Cantilène] de sainte Eulalie, (les ennemis à Dieu) et fille ad un comte (fille à un comte) de la Vie de saint Alexis sont presque de la même date. Il paraîtrait que cette forme du génitif remonte au latin populaire, d'où le français est sorti. En tout cas, on trouve, au Ve siècle de notre ère, cette inscription funéraire: Membra ad duos fratres, pour Membra Duorum Fratrum.
   Nos aïeux disaient: essayer à faire et nous disons comme eux sans nous soucier de Malherbe, d'Oudin ni de l'Académie qui condamnent cet à et prescrivent de mettre de à la place.
   Nous disons aussi: à tous les jours pour tous les jours, à chaque dimanche pour chaque dimanche, la Pointe-
au-Chêne pour la Pointe-du-Chêne, à toutes les fois pour toutes les fois: «Toy qui fais qu'à toutes fois. / Me répondent les Muses». (RONSARD, Odes).
   Nous disons à matin, à midi, à bonne heure. Rabelais s'exprime comme nous: «Mais à matin j'ai trouvé un bon homme». (Pantagruel); «Desjeuner demain à bonne heure». (Idem). Nous disons aussi comme Rabelais: «Pentagruel leurs feist une briefve remonstrance, à ce qu'ils eussent à soy monstrer vertueux au combat».
   À matin se trouve dans la grammaire de Maupas (XVIe siècle): «Ce garçon d'à matin». Aussi dans Molière: «C'est donc le coup de vent d'à matin qui les a renversés». ([Dom Juan ou Le] Festin de Pierre, acte II, scène I); «À matin sur la rive du Gange». (SAINT-GELAIS, À une princesse). Le très ancien français avait amatin en un seul mot. Nous disons: hier à soir au lieu d'hier au soir ou d'hier soir, et de soir pour ce soir.
   Nous avons des juges à paix en Acadie à la place de juges de paix. On lit dans Pantagruel: «Il n'estait aulcun espoir de les tirer à paix».
   Comme Bossuet (Merveilles du corps humain), nous disons à comparaison pour en comparaison: «À comparaison de lui, c'est un pauvre homme».
   M. Marius Barbeau (Folklore) rapporte qu'il a entendu dire dans la Gaspésie: «Des boeufs attelés à cornes». La Gaspésie est peuplée surtout d'Acadiens.
   A est, quelquefois, pronom personnel en Acadie comme il l'est au centre de la France et même en Normandie: «A viendra de soir». A est mis pour alle, ancienne forme de elle. Dans l'ancienne langue, devant les liquides l et r, e se change souvent en a; alle,




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.