page



ABANDONNER
- 10 -
ABOITEAU

tarre, mar pour elle, terre, mer: «La pluie, alle mouille», dit Joseph L'Hôpital, dans une piècette intitulée Monologue normand, pour la pluie, elle mouille.
   Aller à son pied, c'est aller à pied.

   ABANDONNER ou plutôt ABANDOUNER. Se dit pour cesser, discontinuer, dans cette phrase: abandonner son travail. Le peuple, dans plusieurs départements de France, dit comme nous.

   ABAT. Les Acadiens du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse disent: une pluie d'abat pour une grosse averse.
   L'expression: une pluie d'abat nous vient de la vieille France. Descartes épelle le mot abas. Nous disons également et dans le même sens: un abat d'eau.

   ABATTANT. Adj. Torrentiel. Les Acadiens des Îles-Madeleine disent: une pluie abattante pour une pluie d'abat; les Berrichons de France, un agat d'eau; les Angevins, un acadeau et les Normands, une pluie d'aca.

   ABATIS. Le mot s'emploie absolument: J'ai fait deux arpents d'abatis sur ma terre, c'est-à-dire, j'ai abattu deux arpents de bois sur ma terre. À l'Académie, abatis est toujours suivi d'un autre substantif: un abatis d'arbres, de bois, de gibier.

   ABATTOUER. (R final muet). Abattoir. On prononce ici comme dans les provinces du centre de la France.

   ABATTU. Ce participe passé est quelquefois suivi de la préposition de: Je suis abattu de la fièvre, du rumatique (rhumatisme).

   ABEROUER. (R final muet). Abreuvoir. C'est la prononciation des paysans de l'Anjou.

   ABERVER, ABEURVER. Abreuver, faire boire les animaux à l'abreu-
voir. Ce mot ne s'applique qu'aux bêtes en Acadie. Littré le fait venir du bas latin abevarare, mais Le Héricher lui donne un radical celtique, beuvre. Beuvre correspond à notre prononciation. L'ancienne langue avait abeuvrer et beurvage. La transposition du r n'est venue qu'au XVIe siècle: «Une nuit trop bien m'abeuvray». (DESCHAMPS, [Poèmes], «Ballades», vol. VII, p. 253). On trouve beuvrez dans le Roman de la Rose (v. 10629). «Nos anciens disaient abeurver». (MÉNAGE).

   ABÎMER. Reçoit ici toutes les acceptions que lui donne le dictionnaire et celle-ci en plus: injurier: Il m'a abîmé d'injures.

   ABOITEAU. Se prononce abouéteau.
   Écluse de levée. La levée est une digue qui protège les prées naturelles contre l'irruption des hautes marées de la baie de Fundy. L'aboiteau est muni d'un clapet qui se ferme automatiquement à la marée montante et s'ouvre de même à mer basse facilitant, dans ce dernier cas, l'écoulement des eaux intérieures.
   Dièreville (p. 47) prétend que les Acadiens disent aboteau. Je n'ai jamais entendu prononcer le mot autrement qu'abouéteau.
   L'origine de ce mot a fait couler joliment d'encre. Les savants en -us le ramènent au latin: abotare, abotum, abotamentum. J'ai peu de foi aux origines latines des termes qui se rapportent à l'industrie des travailleurs de la terre dans les Gaules. Ce sont presque tous des mots du terroir que les légionnaires romains ont affublés d'un suffixe en -us ou en -um pour leur donner un visage latin, comme nous faisons des mots anglais, surtout des verbes, que nous introduisons dans notre parler; mais ce sont, pour la presque totalité, des mots d'origine celtique ou tudesque.
   Cotgrave, contemporain de [Pierre du Gua] de Monts, rapporte ceci dans son dictionnaire: «Abbée: A hole or




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.