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ABOMINER
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ABRAM

overture for the passage of some part of a stream that's held in by a dam, sluice, etc.». La langue romane, l'ancien français, donnait à abée ou abbée le sens que lui donne Cotgrave. Le français a repris bée avec le même sens également. Abbée, c'est bée, plus le préfixe, le préfixe «agglutinatif» la: la bée. Les Wallons avaient le mot bate pour digue. Je crois que c'est de ce côté-là qu'il faut chercher le radical de abouéteau. En retranchant l'article la et le suffixe -eau (le t est une lettre euphonique intercalaire, mise ici pour éviter l'hiatus), il reste bée ou bouée.
   L'on prétend que les Acadiens ont emprunté aux saulniers de la Saintonge l'art de construire les aboiteaux. Cela est fort possible. Mais le mot se prononce aboteau en Saintonge. D'autre part, Rabelais (XVIe siècle) fait mention des écluses de Vienne, près de Poitiers. Ceci montre que les Poitevins connaissent également la manière de construire des aboiteaux. Ce qui paraît ressortir de tout ce qui précède, c'est que ces sortes de constructions ont été de tout temps pratiquées le long de la Loire et de ses affluents. Les grands faiseurs d'aboiteaux et de levées sont les Hollandais de la Zuiderzee.

   ABOMINER. Avoir en abomination. En usage dans l'ancienne langue et, encore aujourd'hui, au Berri. Littré regrette, avec raison, la disparition de ce mot. «Ta fureur perd et extermine / Tous les menteurs, / Quant aux meurtriers et décepteurs, / Celui qui terre et ciel domine les abomine». (MAROT, [Les Psaumes] traduction du Ve psaume).

   ABONDANT. Entendu aux Îles-Madeleine: La crème n'est pas abondante; prenez tout de même ce qu'il y a.

   ABORD. Abord se dit quelquefois pour abordage, endroit où les chaloupes peuvent aborder.
   ABORDER. Ce mot, formé des deux précédents, s'étend aussi aux choses de la terre: sa voiture a abordé la mienne, l'a heurtée. Les Normands disent comme nous. Le français a abordage.

   ABOUETTE. Amorce, appât. Formé du collage de l'article la avec le substantif bouette: la bouette. La chute du l a laissé abouette, comme dans la Cadie, elle a laissé Acadie.
   Appât est également formé de l'agglutination de l'article avec le substantif: ad postum: «Il y a plusieurs poissons qui se sont pris au past». (Les Quinze Joyes d[e] mariage).
   Abouette se dit, par extension, de la nourriture des cochons chez les habitants de Québec.
   Le vieux français avait abet, abait, abec. Denys écrit boîte. C'est le bait des Anglais, belta en islandais. Mot d'origine scandinave.

   ABOUETTER. Amorcer. On abouette un aim pour prendre du poisson; on abouette aussi le maquereau en jetant par dessus bord du poisson haché menu: «Ils jettent la ligne hors toute abouettée». (DENYS, vol. II, p. 145).
   On trouve dans les anciens auteurs: abaater, abaveter, aboveter, abooter, aboester pour surprendre, attraper. Même formation que abouette.

   ABOULER. Aboutir, finir. S'entend surtout au pays de Québec. Le mot signifie accoucher en argot.

   ABOUTISSEMENT. Action d'aboutir.

   ABRAM. Nom propre: Abraham prononcé Abran.
   La nasalisation était plus générale dans l'ancienne langue qu'elle ne l'est depuis le XVIIe siècle. Nous disons aujourd'hui Abraham, en faisant sonner l[e] m final pour avoir entendu le nom se prononcer ainsi par les missionnaires. Mais c'était Abran autrefois, comme Adam, Aman, Bethléan,




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.