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ACADIEN
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ACCORD

peut-être y ajouter Midjic.
   Les autorités françaises, en désignant par Cadie le nom du territoire qu'ils annexaient, ont dû prendre, ont pris ce nom directement de la bouche des indigènes, comme ils ont fait pour le Canada, et non pas des Grecs.
   Une autre preuve — très forte — que Cadie, et non pas Acadie, et encore moins Arcadie, est le nom originaire de la contrée que le roi de France octroya à de Monts en 1603, c'est que les Acadiens se sont toujours appelés entre eux Cadgiens et qu'ils sont encore aujourd'hui désignés sous ce nom à la Nouvelle-Orléans où la déportation de 1755 en a jeté un grand nombre.
   Cadie, par la fusion de l'article avec le substantif, après avoir été la Cadie, est devenue l'Acadie, comme la colade est devenue l'accolade; le oriot, l'oriot; la uette, la luette.

   ACADIEN. C'est un mot livresque, formé sur Acadie. Le terme propre est Cadien ou plutôt Cadgien, le d se mouillant et prenant le timbre du g anglais dans gin. Avant la Confédération des provinces qui constituent aujourd'hui le Dominion canadien, le mot acadien était à peu près inusité par les Acadiens eux-mêmes; c'est Français qu'ils disaient et que la plupart disent encore.
   Les Acadiens ont aussi été appelés Cayens. Beaucoup de Canadiens les désignent encore aujourd'hui par ce nom-là. «Sur le derrière de la tête, la cayenne retombait jusqu'à son cou». (SAND, La Petite Fadette).
   La cayenne dont il est question est une sorte de calotte piquée, ajustée à la coiffe des femmes du Berri.

   ACAGNARDIR. Accoutumer à la paresse: «Il n'y a rien au monde qui accagnarde plus les gens que les jeux». (CALVIN, Lettres).

   ACCAPEYER. Mettre à la cape. Terme maritime. Le mot est dans Pantagruel. De caput, tête.
   ACCOMMODER. Vider les tripailles. Se dit surtout du poisson: accommoder la morue.

   ACCOMPARAGER. Comparer. Mot courant dans l'ancienne langue. On le trouve dans Cotgrave. «Les honneurs auxquelles nul autre paysan ne peut s'accomparager». (FROISSART); «Vous avez bon foye de m'accomparager à telles gens». (Ancien Théâtre français, IX, p. 94); «Il ne faut pas accomparager le vin de ce monde au nectar de Jupiter». (DES PÉRIERS); «Ils l'accomparageoient à Romulus». (Aus quatre escrivains de la foy, rapporté par Godefroy). On trouve ce mot dans Lancelot du Lac, dans H. de Mondeville, etc.

   ACCOMPARER. Comparer. S'emploie en Acadie concurremment avec accomparager. Malherbe regrettait la disparition de ce vocable. «Aucun ne doit en riens accompagrer les faits d'armes aux miens». (MAROT, Jugement de Minos); «Dieu en louange l'a accomparé aux preux». (RABELAIS); «Ma grand'mère l'accomparait (Charles VIII) à un gentilhomme près de nostre maison». (BRANTÔME).

   ACCONNAÎTRE ou ACOUNAÎTRE (Faire). Apprendre, faire savoir: Faites-lui acconnaître qui vous êtes.
   Se faire acconnaître, c'est se présenter, s'identifier, se faire connaître: C'était un étranger; il s'est fait acconnaître comme venant de l'Île Saint-Jean.
   Le mot appartient à la vieille langue. On le trouve dans Merlin, (liv. I, p. 237) et ailleurs. Il commence à se faire acconnaître, à être connu. Se prend ici, en mauvaise part.

   ACCORD. Faire l'accord avec quelqu'un, c'est faire la paix, se réconcilier avec lui, d'où le français être d'accord.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.