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ACTER
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ADRIGAIL

«Mais le coeur ne les touche seulement par acquit, par ruse, par devoir». (RONSARD, Le Bocage royal).

   ACTER. Le prototype du mot est acteur. Jouer un rôle surtout au théâtre: Il acte bien. Formé directement sur le verbe anglais to act, même sens.

   ADON. Chance, hasard, occasion favorable, coïncidence heureuse: «C'est un adon que je vous rencontre». (HÉMON, Maria Chapdelaine).
   Signifie aussi aptitude, adresse: Il a un adon pour la charpenterie.
   C'est un mot canadien qui a pénétré chez les Acadiens de la Baie-des-Chaleurs, limitrophes. Dans le reste de l'Acadie, c'est adonnance; J'ai tiré à peu près; c'est par adonnance que le coup a frappé juste.

   ADONNER (S') ou plutôt ADOUNER (S'). Se trouver par hasard; coïncider heureusement. Former sur adon (voir ce mot): Ça s'est adonné que je l'ai rencontré sur la route; Ça s'adonne bien, je voulais te voir; Ça s'adonne mal, je n'ai pas d'argent; Si ça s'adonne, je passerai te voir; Ça s'est adonné comme ça; «Le chemin s'adonnait par là». (DES PÉRIERS); «Quand les occasions s'y adonnèrent». (CALVIN, Sermon sur le Deutéronome).
   Cotgrave traduit: «Selon que les choses s'adonnent», par: «As our affairs succeed or come to a purpose».
   Signifie aussi: se convenir, se bien entendre: Ils s'adonnent bien ensemble; «Il ne peut jamais s'adonner à l'autre qu'on lui présente». (MONTAIGNE); «Car le langage s'adonne en disant: Elle est belle et bonne». (Ancien [Théâtre] français, p. 166). Je pourrais multiplier les citations. Nos marins comme ceux de France disent: Le vent adonne, pour souffle du bon côté. «Mon Dieu, la brise donne. / Viens vite, viens à moi, / Et voit / L'amiral qui me donne / La croix d'honneur pour toi». Le contraire de le vent adonne est, en France, le vent refuse. Ici, nous disons: Le vent est
debout ou vent debout.
   Ronsard (Odes, 3e livre) fait de adonner un verbe actif: «Elle adonnait son courage / À faire maint bel ouvrage».
   On disait en vieux français: Aventure li adonna pour: il a eu la bonne fortune, le hasard fit que. Dans cette phrase de Saint-Simon: «Le seigneur de Thouars mandait à celui d'Oiron qu'il eût à abattre une certaine quantité de murs de son parc, pour ne point trouver d'obstacle, au cas que la chasse s'adonnât à y entrer», le mot s'adonnât ne signifie pas se diriger, comme le veut Littré (au mot adonner), mais plutôt se trouvât, vînt à y entrer.
   Je suis porté à croire que le sens de s'adunet dans: «Ell' ent adunet lo suon element», du Cantique [de la Cantilène] de sainte Eulalie, l'un des premiers monuments de la langue française, se rapproche davantage de celui que nous donnons à ce mot en Acadie que de celui que lui attribue Léon Gauthier, (Les Épopées françaises) et les autres traducteurs.
   S'adonner est à l'Académie, mais il n'y a pas toutes les acceptions qu'il reçoit en Acadie.

   ADOUCIR. Se dit aussi pour sucrer: adoucir son thé; Ces confitures ne sont pas assez adoucies.

   ADOUCISSAGE. Adoucissement, action d'adoucir.
   Ne s'emploie qu'au propre avec le sens de sucrer. Le métallurgistes ont fait entrer ce mot dans leur vocabulaire.

   ADOUNANCE. (Voir adonnance).

   ADOUNER. (Voir adonner).

   ADRIGAIL. Ensemble d'objets plutôt disparates.
   C'était, je crois, originairement, un terme de marine signifiant tout ce qui sert au dépècement d'une baleine.
   Favre [Glossaire des patois du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis]




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.