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ADVERBE
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AFFAÎTER

donne drigail pour mobilier d'une habitation et aussi pour l'ensemble des objets d'une ferme. Les Canadiens disent drigail au lieu d'adrigail.

   ADVERBE. À l'origine de la langue, l'adverbe ne se distinguait guère de l'adjectif.
   Nous employons, ici, un grand nombre d'adjectifs adverbialement: Il a mouillé terrible; Je n'ai pas pu faire autre (autrement); Il est guéri pareil (pareillement); Le temps est beau rare (rarement); J'en ai juste assez.
   L'Académie, sans s'en douter peut-être, ne fait pas autre ou autrement. Elle autorise: aller vite, parler haut, voir clair, entendre dur. Cette manière se rencontre plus fréquemment chez les écrivains du Grand Siècle que chez ceux de nos jours. Un candidat à l'Académie de Goncourt hésiterait à signer cette phrase d'une lettre de Mme de Maintenon à d'Aubigné: «Il faut l'habiller large pour que l'enfant soit à son aise»; et celle-ci de La Fontaine: «Notre mort. Ne tardera possible guères»; et encore ce vers du Roman de Renart: «La compagnie que je vous ai si loial fournie».
   Sans être aussi général qu'au moyen âge, l'emploi de l'adjectif en guise de l'adverbe est, au Canada aussi bien qu'en Acadie, plus fréquent qu'à l'Académie. J'en ai recueilli des exemples typiques dans les études sur le folklore bas canadien que poursuit M. Marius Barbeau: «En allant vous ouvrir la porte j'ai pris les coliques assuré»; «Il avait les cheveux longs effrayant»; «Je ne te troublerai pas, certain
   Nous disons fréquemment correct pour correctement, comme Rabelais (Pantagruel) dans cette phrase: «Vous me sembler parler correct».
   Le substantif même s'entend parfois, quoique rarement dans un sens adverbial: «C'est bien matin pour commencer sa journée!» Nous en trouvons des exemples chez les écrivains du XVe siècle.
   AFFAIRE. Ce mot a quelques acceptions ici que je ne lui trouve pas à l'Académie: J'en veux une petite affaire pour une petite quantité; Je lui ai fait son affaire, je l'ai morigéné, je l'ai puni; Donnez-moi mes affaires, mes effets, mes hardes; Pas d'affaire, je ne veux pas; Ce marchand est dans de mauvaises affaires, il est à la veille de faire banqueroute; Ce n'est pas des affaires à dire, on ne doit pas dire ces choses-là.
   Toutes ces locutions acadiennes — la presque totalité au moins — s'entendent en France.

   AFFAÎTAGE. Action d'affaîter: l'affaîtage d'une charge de foin. Littré donne ce mot comme terme de fauconnerie.

   AFFAÎTER. Ce mot, qui était un terme de fauconnerie à la cour de France et que l'Académie a conservé avec le même sens, est, à toutes fins, un terme agricole en Acadie. On affaîte une mesure de grain ou de légumes en la remplissant jusqu'au faîte, en l'arrondissant par le haut. L'expression est en usage au centre de la France, mais en Berri l'on dit préférablement, aujourd'hui, pointu ou bien garni. Un boisseau de blé pointu. L'opposite [le contraire] d'affaîté est rasé. La mesure rasée est celle que l'on passe à la radoire pour la mettre au niveau du boisseau ou du demi-boisseau.
   L'on affaîte également un voyage de foin. George Sand (Valentine) emploie le mot dans le même sens que nous, mais [l']épelle affêter: «Une de ces lourdes fourches dont on se sert pour affêter le foin».
   Le mot est dans [le] Trévoux; Rabelais l'emploie; d'autres auteurs également, mais je ne démêle pas toujours exactement le sens qu'on lui donne: «Ainsi sont afaîté par dons, / A donner grâces et pardons». (Roman de la Rose, v. 7521).
   Affaîture se disait, en vieux français, pour le haut d'une construction; Thi-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.