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AFFALÉ
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AFFRONTER

baud IV donne à ce mot le sens de perfection.

   AFFALÉ. P. p. Abattu, épuisé, rendu. Littéralement, tombé sur la falle (voir ce mot).

   AFFALER (S'). S'affaisser, tomber sur la falle. À l'Académie, dans la langue officielle, affaler est un terme de marine qui signifie abaisser, tirer par le bas et aussi, en parlant d'un vaisseau, être arrêté par le calme, etc. Les deux mots ont la même forme, mais ils me semblent tirés de radicaux différents.
   Affalerse rencontre dans les auteurs contemporains avec un sens plus rapproché de celui qu'il a en Acadie que de celui qu'il reçoit dans la marine de France: «Lolette, affalée sur une chaise...». (BATAILLE, La Femme nue, acte I, «Kuntz s'affala dans un fauteuil». (ROLLAND, Jean-Christophe).
   Le peuple de France dit rafaler pour ruiner, et l'argot des voleurs donne au même mot la signification d'abaisser, humilier; un rafalé, c'est pour eux un miséreux.
   La Combe (Dictionnaire) définit affaler par «trébucher, tomber sur la bouche»; ce qui correspond à l'ancien terme adenter, adens, tomber sur les dents: «Chaent (tombent) as denz». (Roman du Rou); «Devant lui à ses pies là à tere adenté». (Fierabras, v. 4821).
   Sylva Clapin (Dictionnaire canadien-français) nous apprend que, chez ses compatriotes, affalé signifie «qui a la gorge, la poitrine découverte», c.-à-d., la falle découverte. J'ai lu quelque part: «Le cerf avait le ventre bien avalé». Affoler, que l'on trouve dans les anciens auteurs, vient encore augmenter la confusion: «J'an avait cinc ocis et affolés», dit Audiguier (XIIIe siècle).
   Malgré les variantes de l'orthographe et la diversité des sens qu'on donne au mot, j'en tiens pour falle, jabot des oiseaux, comme étant le ra-
dical sur lequel notre terme acadien serait formé. Les marins garderont le leur, afhalen, tiré du flamand et signifiant, comme il a été dit plus haut, haler en bas.

   AFFRANCHIR. Châtrer.

   AFFRANCHISSEUR. Châtreur, qui fait profession d'affranchir les mâles entiers.

   AFFRONTER. Faire affront, insulter. Formé sur le substantif affront: «Affronter a eu l'acception de tenir tête, insulter». (CLÉDAT). Quelques écrivains contemporains ont conservé à ce mot le sens que nous lui donnons: «Je n'ai pas voulu affronter». (FÉVAL, Châteaupauvre).
   Quel sens faut-il donner à affronter dans les citations qui suivent?: «Courons chercher ce pendart qui m'affronte». (MOLIÈRE, Sganarelle, scène XVII); «Est-ce courage à un homme mourant d'aller affronter un Dieu tout puissant?» (PASCAL, Pensées); «Il faut qu'une des deux souffre que je l'affronte». (QUINAULT, Les Rivales, acte V, scène 6); «Ceux qui nous affrontent ont grand tort». (SAND, Claude).
   Le mot est à l'Académie, mais avec un sens différent de celui qu'il a chez les Acadiens. Les anciens l'ont entendu comme nous, et aussi les messieurs de l'argot: «Par le Saint Sabre du Castad, vous êtes un affronteur». ([BÉROALDE DE VERVILLE], Le Moyen de parvenir). Les écrivains du XVIIIe siècle ont substitué insulter, mot de formation relativement récente, à affronter qui, petit à petit, a perdu le sens qu'il avait originairement et que nous avons conservé. Quand Racine (Andromaque, acte II, scène 1) dit: «Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter», le mot insulter était presque nouveau en France; c'est affronter qu'on entendait. D'après Ménage, affront était lui-même un mot nouveau au XVIIe siècle: «Forfait l'aves; bien le set on; / Ceste traisons vous affron-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.