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AGAILLARDIR
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AGRÈS

te». (Rapporté par Godefroy).
   S'affronter, c'est se sentir insulté: «Il s'est affronté de ce que vous lui avez dit».

   AGAILLARDIR. Devenir gaillard.

   ÂGE. Était du genre féminin, dans l'ancienne langue, comme il l'est aujourd'hui en Acadie: «Les hommes nez d'une âge plus gaillarde». (RONSARD, La Franciade, liv. I). Corneille le fait également féminin, quelque part. «Les années encloses entre ceste âge courante». (RABELAIS, LV. Prologue); «Louis XIII était venu au monde... vigoureux autant que l'on peut penser pour cette petite âge». (HÉROARD, Journal de [toutes les actions et de la santé de Louis, dauphin de France]. Malherbe fait le mot tantôt masculin et tantôt féminin.
   Comme en Normandie et en d'autres endroits de France, on entend en Acadie: Ce cheval est hors d'âge, c.-à-d., trop vieux pour travailler. Venir en âge, c'est atteindre sa majorité. Cette locution est empruntée au droit coutumier normand où les Anglais l'ont prise. Ils disent en Anjou: «Il porte bien son âge». Nous disons de même. Un homme d'âge, c'est un vieillard.
   Être d'un âge signifie du même âge: Pierre et Paul sont d'un âge. Ce sens est très ancien dans la langue française; il y a apparence qu'il remonte jusqu'au latin.

   AGETER. Acheter. Le c se change ici en g, comme il est arrivé pour une multitude de mots français que l'Académie a légitimés: «Le peuple de Paris dit souvent jajète au lieu de j'achète». (DAUZAT).

   AGETEUR. Acheteur.

   AGEVER. Achever. Autre exemple de c se muant en g. On trouve le mot chez certains vieux auteurs et on l'entend encore aujourd'hui en France.
   AGIR. Ce verbe reçoit, ici, toutes les acceptions que lui donnent les bons auteurs et quelques autres encore. Ainsi nous disons d'un convalescent qu'il commence à agir, pour circuler, vaquer à ses occupations: Comment allez-vous? — Mieux; je commence à agir dans la maison. C'est un peu le sens qu'avait à Rome le verbe agere ou en tout cas celui de agire du bas latin.
   Nous disons: Il a agi par malice. Saint Augustin emploie le mot dans le même sens: «Nihil agit vi, sed omnia suavendo».
   La Fontaine donne à ce mot presque le sens qu'il a ici: «Chaque castor agit; / Commune en est la tâche». Et Bossuet (Nouveaux Mystères) n'en est guère éloigné: «Toute âme chrétienne est mue et agie».
   Montaigne emploie le mot substantivement: «nostre agir».
   Hanotaux (De l'Histoire et des Historiens) nous parle de l'histoire agie pour de l'histoire vécue. C'est une autre acception donnée au verbe agir.

   AGONISER. Nous disons comme les Berrichons: «Agoniser quelqu'un d'injures».

   AGRAFE. Se dit aussi pour fermoir de livre.

   AGRAPPER. Saisir avec force, accrocher. C'est de l'excellent vieux français. H. Estienne emploie le mot dans [La] Precellence [du langage françois] et Du Cange le recueille dans son dictionnaire. «Il coppoit les poins de ceulx qui s'agrappoient contremont pour monter amont». (CHRISTINE DE PISAN).

   AGRÈS. Nous disons agrès de pêche pour engins de pêche, et cette manière nous vient de France. L'Académie veut qu'on n'emploie ce mot que pour désigner les objets qui servent à la mâture et aux apparaux d'un bâtiment.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.