page



AGRICHER
- 22 -
AÏDER

   AGRICHER. Se dit pour s'accrocher: «Il s'agriche à la cotte de sa mère».

   AGUET. (Le t sonne). L'Académie n'autorise que le pluriel de ce mot: être aux aguets, se tenir aux aguets. Nous lui donnons également ce sens, mais nous l'employons aussi au singulier, comme le faisaient les meilleurs auteurs du XVIe et du XVIIe siècle: «Je passe outre d'aguet sans en faire semblant». (RÉGNIER, Fâcheux et Pédants); «Les adhérants de Pompeius subornèrent un brutien qu'ilz disoient avoir esté surpris en aguet». Venir d'aguet». (OUDIN). D'aguet signifie, ici, comme en Acadie aujourd'hui, avec précaution, avec ruse.
   Les Canadiens disent tout d'aguet pour tout à coup: «Tout d'aguet il enleva la bride». (BARBEAU, Anecdotes [populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920]).

   AHONTER. Éhonter, inspirer des sentiments de honte. Cotgrave traduit le mot par: «To make ashame».
   C'est du vieux français et du meilleur: «Si nous laissons nos gardes, nous sommes ahontez». (JOINVILLE, [Histoire] de Saint Louis); «Sans ce que vulz pour ce l'ahonte». (DESCHAMPS, [Poèmes], «Ballades», vol. VII, p. 228); «Quar lecherie est tant montée. / Que tost parroie estre ahontée». (Roman de la Rose); «Par ces armes les surmonta. / Et des confit et ahonta». (DE MEUNG, Testament); «Ses enfans aucunement sont ahontés par la faulte de leur mère». (Les Quinze Joyes de mariage). Le vieux français avait aussi ahontoyer et ahontir.

   AÏDE. Subst. fém. Aide: Je lui ai donné une bonne aïde.
   De tout temps, avant le XVIIe siècle, le mot s'est prononcé aïde, quelle que soit l'orthographe dont les scribes l'aient habillé. Nous avons conservé l'ancienne et antique prononciation.
   La Chanson de Roland (XIe siècle) donne aïe et aïude. «Si me feront aïde, se Dieu plaît». (SAX, XIIe siècle); «A l'aïde de Dieu sa voie elle a rassenée». (resaisie). (Berte [au grand pied], XIIIe siècle); «Le primat d'Orléans et Ovide Ramenoient en leur aïde ...». (RUTEBEUF, [La] Bataille des sept arts); «Et Dieu et saints requérant et priant pour mon aïde, / Car je n'y vois sans miracle remide». (MARGUERITE D'ANGOULÊME, XVIe siècle); «Car on y trouve autant daïde et de confort, / Com on fait el sarpent qui en Trayson mort». (Évangile aux femmes); «Aïde! aïde! bonne gent». (Roman de Renart, v. 4521).
   Le in adjudha, des serments de 842 [Serments de Strasbourg], le plus ancien monument de la langue, est le premier exemple que nous ayons de ce mot. Aide se dit aïta en italien.

   AÏDER. Aider. Nous disons aussi adjider (j mouillé) quoique l'on trouve aider, ayder, hayder dans les anciens monuments de la langue, le mot s'est apparemment toujours prononcé aïder: témoin ce vers de Saint-Gelais (Du Jeu des eschecs): «Aydant Dieu, vous et ma diligence!»
   Aydant donne ici trois pieds métriques, nombre nécessaire à la mesure du vers. Je pourrais multiplier les exemples.
   Il y aurait toute une dissertation à faire sur aïder et adjider, les deux formes que le radical latin adjutare a prises chez les Acadiens. Ils tiennent la première, aïder, du vieux français et la seconde, adjider, de la langue romane. (Il est impossible de rendre le son du dji acadien ou provençal sur le clavier de l'alphabet français).
   Non seulement en Acadie, mais dans le centre de la France et jusqu'en Normandie, ces deux manières de prononcer ce mot ont été conservées. Par contre, le provençal n'a jamais eu que la dernière: «Pèr defèndre lis un et lis autre adjuda», pour défendre les uns et aider les autres. (MISTRAL, Les Olivades).
   Pour citer quelques exemples pris de




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.