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ALENTIR
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ALLÈGE

liquide l. Se dit, ici, pour tempérament, disposition, penchant naturel, habitude. J'estime que dans ces vers de la Cantilène de sainte Eulalie, l'un des plus anciens monuments de la langue française: «Elle ent adunet la suon alement. / Meltz sotendreit les empadementz...». (Elle, avant d'abandonner sa foi, soutiendrait plutôt les tortures), alement n'est guère éloigné du sens que les Acadiens donnent à ce mot. Nous disons: Il a un mauvais alément, pour un mauvais tempérament, une mauvaise disposition; Ne prends pas cet alément-là pour cette habitude-là; «Maître Villon rêvant d'un âne, / Pour cheminer bien doucement, / Tromper étant son élément, / Âne acquis deux fois par parole». (JULES DE MARTHOLD).
   L'Académie nous dit que: «c'est son élément se dit d'une occupation à laquelle une personne s'adonne et se plaît le plus». C'est presque le sens que nous donnons à ce mot en Acadie.

   ALENTIR. Nous disons alentir pour ralentir (ralentir aussi se dit) comme on le disait au Grand Siècle: «A lieu que chaque jour sa vigueur s'alentit». (CORNEILLE, [L']Imitation de J[ésus]-C[hrist], 1-2). On trouve le mot dans Molière: «Ils ont laissé de rechef alentir cet ardeur». (LESCARBOT). «J'ai voulu éprouver si de Mars la fureur Allantiroit mon mal». (BRANTÔME, A Mlle de Rouet); «Et li 20 chevalier ne sont pas alenti». (Elie de [Saint]-Gilles, v. 708). «Car l'arc tendu trop violemment, / Ou s'alentit, ou se romp violemment». (RONSARD, Amours, 1er liv.).
   On a dit aussi alenter en France. Le mot n'est pas à l'Académie.

   ALENTOUR. Nous avons conservé l'ancienne locution à l'entour de: Il est à l'entour de la maison; Je le crois à l'entour de cinquante ans. Le mot reçoit ici, au pluriel comme au singulier, les autres emplois qu'il a en France.
   ALGIBRURES. Ce mot, manifestement formé sur algèbre, signifie choses confuses, difficiles à comprendre.

   ALINGUE. Alène. Ce mot d'origine germanique se prononçait en France au moyen âge comme les Acadiens et leurs cousins du Berri le disent aujourd'hui. En anglais awl.

   ALITRÉ. Gercé. Nos pêcheurs pour avoir accommodé la morue et fait de la saumure ont souvent les mains alitrées.

   ALLE. Elle. C'est du vieux français. Dans l'ancienne langue, la voyelle e se changeait souvent en a devant les consonnes l et r. Alle pour elle s'entend encore dans le centre de la France et même au nord: «Plusieurs, en parlant de filles ou de femmes, disent: alle est, a n'est pas». (BÉRAIN en 1675); «Vous voyez qu'al le soutient». (MOLIÈRE, Dom Juan).
   Les exemples ne manquent pas dans le vieux français: «Reconnaissez chier freire, cum granz soit li sollempnitiez qui ni est. / Ale est eslargie de leu et de tens». (Sermons de saint Bernard).
   On retrouve ce pronom personnel chez certains auteurs contemporains: «Pense à ta daroune qu'al t'aime tant». (RICHEPIN, [La] Chanson des gueux).
   Aristide Bruant, du Chat-Noir [cabaret à Paris], a laissé ces vers: «Alle avait des manières très bien; / Alle était coiffée à la chien; / A chantait comme eun petit' folle, / A Batignolles».

   ALLÈGE. Nous donnons à ce mot un sens différent de celui qu'il a dans le dictionnaire officiel et dans les autres grands dictionnaires qui le copient. Aller allège (ou peut-être à lège) c'est aller ne portant rien: Ma voiture est chargée, la sienne est allège. Se dit surtout d'une embarcation qui ne porte pas de fret.
   La Fontaine (Vie d'Esope) écrit: «Il




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.