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AMANCHURE
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AMENER

nasalisation, ni les Français d'antan non plus, je crois, ne la connaissaient pas: «Frère Gilbert ne vous déplaise. / Ce n'est pas ainsi qu'on amanche...». (Ancien Théâtre français, 7, p. 309).
   C'est amancher que l'on disait et que l'on écrivait le plus souvent au XVIe siècle.
   En plus des sens que emmancher reçoit à l'Académie, il a celui de réparer en Acadie: Amanche donc ça.
   S'emploie aussi au figuré: Te voilà bien amanché, en belle posture; Amanche-toi pour sortir, habille-toi.

   AMANCHURE. Nous donnons à ce mot le sens que emmanchure trouve à l'Académie et aussi celui de choses incohérentes, fantasques: Tout ça, c'est des amanchures de rien; Ne faites donc pas d'amanchures pareilles; En voilà une amanchure!

   AMANT. Amoureux. S'entend ici comme il s'entendait en France autrefois, en tout bien tout honneur.

   AMARRE. Attache, cordon, ficelle. Les terriens se sont emparés de ce mot d'origine nautique: une amarre de soulier (courroie), de coiffe, de câline. On met un cheval à l'amarre; on attache un paquet avec une amarre.

   AMARRER. Se dit aussi souvent de choses de terre que de mer; on amarre ses souliers comme on amarre une goélette: amarrer un cheval à un arbre; amarrer un prisonnier. Le mot est d'un emploi universel: «S'il y avait quelque coffre mal amarré, je veux user de ce mot marinier». (LESCARBOT).

   AMAS. Se dit, chez les chasseurs, pour un amas de provisions: Un castor fait ses amas pour la saison d'hiver.

   AMBARDÉE ou EMBARDÉE. Entreprise risquée, aventure folle: ça c'est une ambardée que tu fais là; il se cassera le cou avec ses ambardées.
Froissart a le mot ambarde, mais avec un sens différent.

   AMBITIONNÉ. Ambitieux. C'est un homme ambitionné. On dit ambitionneux en Berri et, je crois, en Touraine.

   AMBLE. Est aussi un terme de métier à tisser.

   AMBLET ou AMBLAI. Anneau qui passe dans le joug et soutient le timon d'une charrette.

   AMBLEUR. Cheval qui amble. Se dit surtout chez les Canadiens.

   AMELETTE. Omelette. Amelette est l'ancienne forme, la plus française, par conséquent. On trouve le mot dans la Bibl[iothèque de l'École] des Chartres. (XVe siècle) et dans d'autres vieux auteurs. De Serres épelle aumelette. «On m'a dit qu'une fois il entra dans sa cuisine; un laquais y faisait une amelette». (TALLEMANT DES RÉAUX, Historiettes). Ménage donne amelette et omelette. On dit amelette en Normandie.
   Rabelais (Pantagruel, IV, 9) écrit le mot homelaicte, ce qui ferait croire que le radical lait (prononcé laitt' au Canada et en Normandie) entre dans la composition de ce mot. C'est avec homelaicte et aumelete que les scribes ont fait omelette. Ils en ont fait bien d'autres.

   AMENDER. Amender une terre, c'est la fumer, l'engraisser. Le mot est à l'Académie, mais non avec ce sens.

   AMENER. Produire: Mes pommiers ont bien amené cette année; Ce prunier amène bien; Le poirier n'amène pas encore. Les paysans du centre de la France donnent à ce mot le sens qu'il a ici. On trouve dans Henri Estienne (Precellence [du langage françois]): «Amener un exemple»; «Par derrier' chez mon père, / Un oranger lui a (il y a); / Il amen' tant




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.