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AMÉRIQUE
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AMODURER

d'oranges, / D'orang's qu'il en rompra» (Chanson pop[ulaire], Anjou).

   AMÉRIQUE. Par ce mot-là nous entendons, le plus souvent, les États-Unis d'Amérique de même qu'avant la Confédération de 1867, Canada se disait pour le pays de Québec. Aujourd'hui encore, Canadien s'entend pour Franco-canadien ou Canadien français.

   AMETS. Point de repère, jalon. L'Académie donne au mot amers à peu près la même signification. C'est en tout cas un terme de marine que les Acadiens emploient à des usages terrestres.
   Le Dictionnaire de B[onnefoux] et P[aris] ([Dictionnaire de marine à voiles et à vapeur]) définit le mot: «Tout objet fixe qu'il est convenu d'employer pour des relayements ou pour des indications, à l'effet de reconnaître la route à suivre ou à préciser la position qu'on a prise au mouillage ou pour l'atterrage». C'est le sens que nous lui donnons.

   AMEUBLER. Ameublir. Bien préparer une terre à recevoir la semence en lui donnant un bon labourage et hersage.

   AMICABLE. Amical. Ce mot nous vient de la Normandie. Les Anglais l'ont conservé. Il doit remonter à l'ancienne langue.

   AMICABLEMENT. Amicalement, amiablement. Mot employé couramment par les paysans de France. Amicably en Anglais.

   AMITIÉ. Se dit pour amour. Du fait que les jeunes filles se mariaient entre quatorze et dix-neuf ans et les garçons souvent avant d'atteindre leur majorité, les Acadiens, sous le régime français surtout, étaient un peuple d'une haute moralité. La statistique n'a pas relevé de naissance illégitime, parmi eux, dans la première période de l'his-
toire de l'Acadie, et l'adultère, la chose aussi bien que le mot, leur étaient totalement étrangers. Les termes, plutôt salés, qu'ils avaient emportés du pays de Messire Rabelais, s'adoucirent, s'euphémisèrent, si je puis dire, dans une atmosphère imprégnée de bonnes moeurs. Le mot amour fut trouvé trop violent; on lui substitua celui d'amitié. Quand un jeune gars avait dit à une jeune fille qu'il avait de l'amitié (prononcé amitché) pour elle, il lui avait fait une déclaration en règle. Il serait peut-être plus correct de dire que le sens d'amour, attaché au mot amitié, leur venait de France. Pascal parle de l'amitié qu'ont les hommes pour les femmes; Montaigne, des «devoirs de l'amitié conjugale»; (RONSARD, Amours, liv. I) d'une «dame où le ciel logea son amitié!»
   «Quoy? Est-ce ly la récompense belle de l'amitié d'un amant trop fidelle?» (BAÏF, Amour[s] de Francine).
   Tout le monde connaît cette ode classique de Malherbe: «Ta douleur, Du Perrier, sera donc éternelle, / Et les tristes discours / Que te met en l'esprit l'amitié paternelle / L'augmenteront toujours?»
   Les héros de chevalerie n'auraient pas pour un empire osé employer, crûment, le mot amour. C'est amitié qu'ils disaient. C'est aussi amitié que l'on trouve dans l'Astrée (1609) et dans les autres romans d'Honoré d'Urfé.
   Émile Faguet, dans une étude sur La Fontaine, a trouvé le véritable sens que les Acadiens donnent à ce mot: «Une amitié amoureuse».

   AMODURER. Modérer, ralentir, calmer: Amodure ton train; Il s'est beaucoup amoduré depuis qu'ils ont eu une explication; «C'est assavoir à reffaire les papiers des tailles et à amodurer et croîstre ceulx qui besoing sera». (Rapporté par Godefroy); «Et au milieu de ces deux est le siège. / De deux encor, que Dieu, qui tout ouvroit, / Amodéra par chaud meslé de froid». (MAROT); «Et si le fiel




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.