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AMOLZIR
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AMOUREUX

n'amoderoit un peu / Le doux du miel duquel je suis repu». (RONSARD, Amours, liv. I).
   On trouve aussi amoudérer, amodérance et amodération dans les vieux auteurs.

   AMOLZIR. Amollir. Nous tenons ce mot du roman où amolezir se dit pour amollir: Le temps s'amolzit, s'adoucit. Nous disons aussi s'adoucit. Il y a une nuance entre le temps s'adoucit et le temps s'amolzit. Quand le temps s'amolzit, il est prêt à pleuvoir.

   AMOUNÊTER. Apaiser, reprendre avec douceur. C'est le terme français juridique admonester ou admonêter, formé sur le verbe latin admonestare, remontrance que le juge faisait à un accusé lorsqu'il ne le condamnait pas. En passant au français, le d est tombé et es s'est mué régulièrement en ê. Bèze ne veut pas qu'on fasse entendre le d. Le mot est d'un usage universel en Acadie: amounêter un enfant qui pleure; Il est bien fâché, tâche de l'amounêter.
   On trouve amonêter et amonester — même mot que amounêter — dans Saint-Gilles et aussi dans Palsgrave avec une signification se rapprochant de celle qu'il a en Acadie: «Par quoy, mon fils, je t'admoneste qu'imploye ta jeunesse à bien proufiter en étude». (RABELAIS); «Le Capitaine Gourgues... le priant et admonestant de ne l'abandonner si près de l'ennemi». (LESCARBOT). Ici, le sens du mot est à mi-chemin entre celui que lui donne l'Académie et celui que nous lui donnons. Il en est de même de: «Il avoit ung remors en son estomac qui luy admonestoit le courage». (La Fille du comte de Pontieu). Cotgrave donne disadmonester pour dissuader, détourner.
   Il signifie prêcher en Berri. Nous lisons dans une traduction de la Bible datant du XVe siècle: «Ensement nous deffendant telz choses des vices et de l'amounestement au dyable» et dans
Bersuire (Rapporté par Godefroy): «Les convoitises naissent avant que ne font les lois qui ont foictes pour les admonester». Ces exemples, et d'autres que je pourrais rapporter, montrent que le sens de ce mot était flottant dans la vieille langue. En Acadie, il est fixe et constant: c'est celui que j'ai donné plus haut.

   AMOUR. Subst. fém. Se dit surtout en parlant de Dieu. Pour les humains, c'est amitié quand il s'agit d'un sentiment amoureux.
   Jusqu'à la Renaissance et après, ce mot était féminin en France, comme il l'est aujourd'hui en Acadie. Les pédants en ont changé le genre pour le rendre plus conforme à amor qui est masculin en latin. Les poètes le font de l'un et l'autre genre: «Une amour sotte et vaine». (LA FONTAINE); «Il disait qu'il m'aimait d'une amour sans seconde». (MOLIÈRE, [L']École des Femmes); «L'amour la plus tendre et la plus malheureuse». (RA[CINE], Bérénice); «L'Amour est si forte». (MAROT); «Qu'une si sainte amour ne prenne jamais fin». (RONSARD, Mascarades, [combats et cartels]). Henri IV parle de la violente amour qu'il a pour ses sujets. Nous sommes, comme l'on peut voir, en bonne compagnie.
   Les puristes du Canada — nous en avons ici comme ils en ont en France, et de non moins fameux — se voilent la face lorsque nous disons: tomber en amour. Montaigne, qui s'y entendait en parlure française, a écrit ceci: «Le pasteur Cratis estant tumbé en l'amour d'une chèvre»; et le Père Sagard (317): «Cet amant voulant faire l'amour (courtiser) à sa maîtresse, il se peinturera le visage», etc. Il peut se faire que nous ayons pris l'expression de l'anglais, to fall in love, mais messieurs les Anglais la tiennent des Français. Pourquoi ne rentrerions-nous pas dans notre bien?

   AMOUREUX. Se dit d'une espèce de chardon qui adhère fortement à tout




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.