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APRÈS
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AR - ER

   APRÈS. Nous employons cette préposition dans plusieurs locutions que la grammaire condamne. Nous disons: Il est toujours après moi pour il me poursuit incessamment, il me tracasse; Il est après travailler pour il est occupé à travailler. L'Académie sanctionne ces deux manières de parler, mais elles ne trouvent pas grâce devant les puristes pour tout cela. Nous disons: Il est attoqué après le clayon; [barrière]; J'ai une tache après mon habit; Ne vous fâchez pas après moi; grimper après un mât.
   Toutes ces locutions se trouvent dans les vieux auteurs, voire dans ceux du Grand Siècle: «J'ai mis vingt garçons après votre habit». (MOLIÈRE, [Le] Bourgeois Gentilhomme, acte II, scène 18); «Il est enragé après l'argent». (H. ESTIENNE); «Pensez à cette ingratitude, que Dieu nous ayant toujours couru après pour nous sauver...». (FRANÇOIS DE SALES); «Pourquoy il commanda à ceux à qui il avait baillé la charge, qu'ils se meissent après». (AMYOT, [Vies des hommes illustres], «Vie d'Alexandre»); «Il estoit toujours après le Roy; He daily solicited the King». (COTGRAVE); «Les ouvriers qui sont après son édifice». (MOLIÈRE, L'Étourdi, acte II, scène I).
   George Sand, dans ses romans champêtres, donne à après tous les emplois qu'il trouve en Acadie et qu'il avait anciennement en France.
   Après a été formé sur pressum, supin du verbe premere: ad pressum. Il est tantôt adverbe et tantôt préposition, ce qui fait qu'il n'a pas besoin d'une autre préposition: il suffit seul au régime. Nous ne disons jamais après à ni après de, devant un infinitif, comme le veulent certains grammairiens, mais après, tout court.

   APSE. Se dit, en quelque endroit, pour asthme. Courte haleine est l'expression le plus souvent employée. L'Académie, édition de 1835, dit que asthme se prononce azm. En tout cas, asthme détonne à l'oreille.
   AR — ER. La voyelle a, de l'ancienne langue, est devenue e, en bien des cas, dans la langue académique. Inversement, plusieurs e se sont changés en a. Une liste pourrait s'en dresser, qui serait longue. Pigeons au hasard de la mémoire: aubarge — auberge; barge — berge; bargerie — bergerie; carcle — cercle; carveau — cerveau; charcher — chercher; ciarge — cierge; darnier — dernier; farme - ferme; harse — herse; jarbe — gerbe; pardrix — perdrix; sarcueil — cercueil; sarge — serge; sarpent — serpent; varmeil — vermeil.
   Dans tous ces mots, et dans plusieurs autres encore, les Acadiens ont conservé l[e] a de l'ancien parler. Cet a antique est demeuré plus tenace chez ceux de l'Île-du-Prince-Édouard (que nous prononçons Edwer) et aux Îles-Madeleine, que chez ceux de la Nouvelle-Écosse et surtout du Nouveau-Brunswick. À l'Île-du-Prince-Édouard (l'île Saint-Jean, sous la domination française), nos gens disent encore, comme Brantôme, de qui sont extraits les mots suivants: débandarent, tournarent, allarent, retirarent, oubliarent, pensarent, arrivarent, montrarent, jurarent, débagoularent. Au Nouveau-Brunswick, la voyelle e, comme au Dictionnaire de l'Académie, s'est substituée au a dans ces mots.
   Dans la vieille langue, les verbes de la première conjugaison avaient, le plus souvent, un -ar au lieu d'un -er à l'infinitif: salvar, returnar (serments de 842 [Serments de Strasbourg]); abusar, confessar, tremblar, ressuscitar, etc.
   Et ce n'est pas seulement chez le peuple que cet a sévissait, mais chez les auteurs les plus autorisés comme nous venons de le voir. Joinville parle d'une «tour de parches de sapin»; ailleurs il nous renvoie «en la darnière partie» de son livre. Rabelais (Gargantua) nous dit qu'ils «avisarent six cent soixante chevaliers». Molière — il est vrai qu'il fait ici parler des paysans — nous apprend ([Le] Médecin




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.