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ASSIR
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ASSOUER

aultres asez»: Le duc Naime et un grand nombre d'autres; «Assez aim mieux mourir en bon désir, / Que vivre irez et m'amie hair». (COUCI, Eho, IX). «Il croient que il seront assez plus aises, (heureux) quand il seront morts, qu'il n'estoient avant». (JOINVILLE); «Fieus sui à un provost qui a avoir assez». (Elie de Saint-Gilles, v. 308); «Qui es petiz, il est hardiez assez». (DESCHAMPS, vol. IV, p. 300); «Charles le Roy, qui leur donnait assez». (Idem, vol. I, [Poèmes], «Ballades» 166e).
   Dans la basse latinité, ad satis, notre adverbe assez a souvent le sens de beaucoup, excessivement. Je ne vois pas de quelle autre manière se peut traduire: «Jucundare, filiâ Sion, et exulta satis, filiâ Jerusalem» (de l'antienne du premier dimanche de l'avent).
   En italien, assai signifie beaucoup.
   Nous mettons, quelquefois, assez après l'adjectif: C'est bon assez pour toi. Ceci encore est du vieux français: «Expert assez». (DES PÉRIERS). Les Anglais ont pris cette manière des Normands: «Glibertus boen assez». (Roles norm. de 1198), et l'ont conservée, puisqu'ils disent encore: good enough.

   ASSIR. Asseoir. Voici un verbe dont la conjugaison académique est un véritable gâchis. Nous le conjuguons régulièrement, en Acadie comme il devrait l'être, et comme les anciens le conjuguaient: Je m'assis; assisez-vous; il s'assira: «Assisez-vous sur cette molle couche», nous dit Ronsard, (Amours, t. I, p. 218), et Régnier, (Satires); «Puis, sans qu'on les y convie... / S'assirent, en prelats, les premiers»; «Ils s'assirent sur les nattes», (SAGARD, 423).
   Rabelais, (Gargantua): «Mais si en cest habit je m'assis à table, je boiray, par Dieu»; «Assiez-vous donc là», dit un personnage de l'Ancien Théâtre français, (t. VIII, p. 425) et Thomas Corneille: «Je m'assis; tu t'assis»; Vauvenargues conjugue au futur: «Il s'assira» et aussi Ronsard ([Églogues], «Églogue III»). Je pourrais ci-
ter beaucoup d'autres exemples pris dans les meilleurs auteurs. Perceval, par exemple: «Ils s'assirent quelque petit».
   Nous disons: tu t'assisis; l'ancien français avait: tu assésis. La Bruyère emploie le plus souvent il s'assit, quoiqu'il écrive aussi il s'assied.
   En voilà assez pour réhabiliter la manière acadienne et canadienne de conjuguer ce verbe. Assoir est normand.
   Sur l'infinitif assir a été formé le mot très français assises.

   ASSOLER. Le mot est à l'Académie, mais avec les sens de «diviser des terres labourables par soles».
   Ici, le mot signifie affermir le sol, donner une base solide à un objet: Cette maison est bien assolée.
   La signification du mot n'est pas bien arrêtée dans l'ancienne langue: «La tour où la majicienne faisoit ses enchantements fondit en abismes, et en nostre présence le lieu demeura aussi assolé et aplomb que s'il n'y eut ongues en forme de bastiment, n'y pierre sur pierre». (Rapporté par Godefroy); «S'assoler: To settle himself upon all his feet». (COTGRAVE).
   Au figuré, c'est être à l'aise, indépendant: C'est un homme bien assolé.

   ASSOLIDER. Mettre sur une base solide. Consolider: assolider un mur. Nous disons aussi solider.

   ASSOMEILLER (S'). Ou plutôt s'assoumeiller; s'assoupir.
   L'expression est en usage dans tout le centre de la France.

   ASSOUER. Intenter, avoir un procès. Ce mot, formé sur l'anglais to sue (prononcé tou sou) est d'un usage universel parmi les Acadiens. Le mot assignation, ainsi que tous les autres termes judiciaires, étaient inconnus en Acadie sous le régime français. Les Acadiens ont pris les termes anglais se rapportant à la chicane et les ont francisés. Assouer, pour intenter un




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.