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ASTEURE
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ATTINER

procès, ne fait pas trop mauvaise figure dans la langue. En plusieurs endroits de France, assouer a le sens d'assommer.

   ASTEURE. Contraction de à cette heure, comme désormais est la contraction de des ores mais. Ce mot, très courant dans la langue écrite du XVIe et du XVIIe siècle, méritait d'être recueilli. Épelé asteure, il est plus élégant que désormais ou maintenant qu'il remplace. La raison pour laquelle il n'est pas entré à l'Académie, c'est que les auteurs ne s'entendaient pas sur la manière de l'orthographier. Montaigne l'emploie souvent, mais il l'épelle tantôt asture: «Moi asture et moi tantôt sommes bien deux»; tantôt âsteure: «Âsteure sont les miennes proprement honteuses et péneuses»; tantôt a cette heure, et tantôt asteure: «Je le compare avec celui d'asteure». Brantôme, dans La vie de l'Empereur et Roy d'Espagne, donne ast heure; dans La vie de Marguerite de Navarre et dans Charles IX, c'est astheure qu'il écrit.
   On trouve à ceste heure dans Rabelais; François 1er dans une lettre adressée à sa mère dit aseteure; dans les Conférences le mot est épelé à steure.

   ATOCA. Fruit de la canneberge: en langue scientifique crocarpus (quel jargon!) Chateaubriand a mis atoca à la mode et les Canadiens ont adopté le mot. Les Acadiens disent: pomme de prée.
   Atoca est un mot d'origine huronne. Sagard (Dictionnaire de la langue huronne) le définit: «Petit fruict, comme cerises rouges, qui n'a point de noyau».

   ATOQUER ou ATTOQUER. Appuyez, étayer. Les Français et les Canadiens disent accoter dans le même sens. Est-ce le même mot avec interversion de lettres? Ici, l'on s'attoque contre un mur ou sur un appui quelconque.
   En Brie, étoquer à la même signification.
   Le bas latin avait accubitare. Il est possible que atoquer, aussi bien que accoter, en dérive. «Bailler aux tailleurs de pierres molles, atoques et beniaux servants à l'oeuvre d'icelui bolwerg». (Rapporté par Godefroy).

   ATTACHER. Nous disons, et en très bon français, attacher une planche, un madrier pour l'attacher avec des clous. La langue officielle préfère clouer.

   ATTAQUÉ. (Absolument). Un fruit attaqué, c'est un fruit qui commence à se gâter pour avoir été attaqué, c'est-à-dire, mordu par un ver ou par tout autre insecte malfaisant.

   ATTELAGE. Comprend, ici, la bête de trait, boeuf ou cheval et tout ce qui est nécessaire pour l'atteler, soit à une charrue, soit à une voiture ou charrette:
«Attelage d'artillerie», (MONTLUC); «Le bonhomme prit son charriot et hastellage». (PALISSY); «Retint le char et tout son attelage». (Satel, rapporté par Godefroy).

   ATTELER. Se dit, au figuré, pour partir: Il est temps que j'attelle. Et aussi pour être à l'aise, avoir beaucoup de confort: C'est un homme bien attelé. Contrairement, être mal attelé, c'est être en mauvaise affaire, ou encore, mal accoutré.

   ATTENIR (S'en faire). Se faire prier pour faire une chose, hésiter: Je voudrais l'emmener avec moi, mais il s'en fait attenir; Je ne crois pas qu'il y consente, il s'en fait attenir.
   On trouve attenir dans le très ancien français, mais avec un sens différent, celui de parenté.

   ATTENTIONNÉ. Rempli d'attentions, d'égards.

   ATTIFAILLES. Choses de peu de valeur.

   ATTINER. Agacer, taquiner, faire endêver, faire étriver. «Je li respondit




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.