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AUTREMENT
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AVECQUES

le parler populaire que chez les écrivains: «Il est beau pareil», disent nos gens, pour pareillement.
   Nous disons, comme les Angevins: l'autre avant-hier. Nous donnons aussi à ce mot un sens explétif dans la locution nous-autres, eux-autres. M. Marius Barbeau (Folklore canadien) rapporte cette phrase entendue dans la Gaspésie: Les filles ont dit entre eux-autres.

   AUTREMENT. Beaucoup plus: Mon garçon est autrement capable que le sien. Il fait autrement chaud aujourd'hui qu'hier. La locution est encore française, mais ne s'emploie plus guère en France au moins par les écrivains à la mode. Les écrivains du Grand Siècle ne s'en faisaient pas faute: «On ne peut nier que cette méthode de traiter la dévotion n'agrée tout autrement au monde que celle dont on se servait avant nous». (PASCAL, [Les] Provinciales).

   AVANCES. Reçoit ici toutes les acceptions qu'il a en France. Signifie en plus, celle d'économies: Il n'a pas d'avances, c.-à-d., il n'a rien mis de côté.
   Nous disons aussi: Cet homme n'est pas d'avance pour n'avance pas dans son ouvrage, est lent; Il est bien d'avance, il travaille vite.

   AVANCÉES. Nos journalistes le disent pour assertions, affirmations, et les puristes s'en scandalisent. «Me tiendrez-vous du moins la parole avancée? (MOLIÈRE, Mélicerte, 11, 5).

   AVANT (Être en). En avance: l'horloge est en avant, en avance.
   Avant se dit aussi pour auparavant, comme dans cette phrase: Je ne pense pas vous donner raison tout de suite; il faut que j'y jongle avant.
   Nous disons quelquefois avant-z-hier pour avant-hier. François de Callières donne avanz-hier comme un mot à la mode à la cour de France.
   Les maîtres d'école aujourd'hui prononcent avant-t-hier. Ce n'est certai-
nement pas plus élégant que avant-z-hier.
   C'est avan-hier que la plupart de nos gens disent. Jeraud nous assure que «avan-hier a été prononcé durant tout les XVIIe et XVIIIe siècles, sans faire entendre le t dans la conversation».

   AVANTAGE. Aux Îles-Madeleine, l'on dit d'une jeune fille qui a plusieurs amoureux, qu'elle a de l'avantage: «Je sentais que le temps d'aimer était passé... et que je n'étais pas un homme à devenir avantageux et confiant, sur mon déclin». (ROUSSEAU, [Les] Confessions, liv. IX, p. 431).

   AVARICIEUX. Subst. masc. Nous disons un avaricieux et jamais un avare. Ce substantif est très français: «Un avaricieux qui aime devient libéral». (PASCAL, Amour): «Devient avaricieux de la couronne qui estoit belle». (Lancelot du Lac).
   Le Dictionnaire nous dit que le mot est familier et qu'il vieillit en France. Non pas ici.

   AVARIES. Ce terme maritime s'applique, ici, aux choses de la terre: Mon habit a des avaries; Si nous n'avons pas d'avaries, nous arriverons à temps.

   AVECQUES. Nous gardons l[e] s final qu'il avait dans le très ancien français, et nous disons avecques-eux en faisant la liaison: «Conféra avecques-eulx sus ce qu'estoit tant à faire que à respondre». (RABELAIS); «La reine le vient prendre pour danser avecques elle». (BRANTÔME, [Vies des dames illustres], «Jeanne 1ère de Naples»); «Il fit venir... leurs gens avecques eulx». (ARRAS, [Roman de] Mélusine); «Enterré avecques eux.» (LA BOÉTIE); «Tous les jours je me couche avecques le soleil». (BOILEAU). Montaigne écrit toujours avecques. Les poètes disent encore avecque pour avec.
   Devant une consonne, c'est avé que nous disons, le plus souvent: «Et Deus




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.