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AVENIR
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AVISSE

fud ové li». ([Les 4 livres des] rois, 3). On entend encore avé pour avec à Paris. «Avec sétoit prononcé par beaucoup de gens avé, devant une consonne, avé moi», nous dit Vaugelas.

   AVENIR. Se dit de ce qui sied, qui convient, qui plaît. Ce verbe, en Acadie, a le sens, ou à peu près, qu'avenant conserve en France: Ça lui avient de danser; Cette coiffure lui avient. Nous disons aussi, quelquefois, ravenir, dans le même sens. L'expression avait cours dans l'ancienne langue: «Et li (son) haubers menu mailliez... (à menues mailles), / Tant bel et bien lui avenoient». (CHRÉTIEN DE TROYES); «Ce là avenoit moult bien». (Dolopathos); «Chascun doit faire en toutes places / Ce qu'il set qui miex li avient, / Car los et pris et grace en vient». (Roman de la Rose); «Portet ses armes, mult li sunt avenaz». (Ch[anson] de Roland); «Mais cela est et bel se contient et quand qu'elle fait li avient». (Partenopeus de Blois, v. 4883). «Aux femmes aussi mal avient Science, que bât un boeuf». (MAROT); «Ceste livrée lui adevnoit bien». (RABELAIS); «Voyez près de ce rivage / Quatre nymphes qui viennent / A qui tant bien aviennent / Leurs corsets simplement...». (RONSARD, Pièces retranchées).
   Le vieux français avait avenandise comme synonyme de convenance, de chose agréable, et désavenant, pour inconvenant, désagréable.
   C'est l'exact équivalent de l'anglais: «It is becoming, unbecoming». Ce verbe manque à la langue; il est malheureux qu'on l'ait écarté.

   AVENTS (Les). L'avent, avant Noël. Les Français de presque toutes les provinces du nord et du centre de la France disent comme nous: les avents. On trouve le mot, (sévèrement condamné par Littré et autres linguistes) dans Joinville, Marguerite [de Navarre], etc. «Et çou fu a l'entrée des Avents». (VILLEHARDOUIN); «Et
sachiez que li fiz Deu a dous avenz». (Commentaire sur le Sautier, Ps. 9). Avent (de adventum) s'orthographiait avens, dans le français primitif. C'est de là, peut-être, que provient le malentendu.
   George Sand a dit: «Aux avents de Noël».

   AVEUGLER. Au propre a toutes les acceptions que lui donne le Dictionnaire. Au figuré nous disons: «N'essayez pas de m'aveugler,» pour me tromper, m'induire en erreur. Comme en France, l'on s'aveugle, ici, sur le compte de son prochain.

   AVISER. Ce joli mot, que certains puristes du XVIIe siècle ont voulu écarter, est fort en usage, ici, où il reçoit toutes les acceptions qu'on lui trouve à l'Académie, avec quelques autres.
   À l'Académie, aviser c'est «apercevoir d'assez loin»; ici c'est apercevoir tout à coup. C'est aussi la signification que ce mot avait dans la vieille langue: «Puis en mer haute un navire advisage, qui tout d'hebène et blanc yvoire estoit». (MAROT, Visions de Pétrarque, p. 32). «Aviser signifie voir et apercevoir». (MÉNAGE). Quand nous voulons lui donner le sens académique, il faut que nous ajoutions: de loin.
   Comme en Normandie, avisé s'entend ici pour bien inspiré habile, adroit: C'est un homme avisé.
   Du sens de donner un avis, conseiller, les Anglais ont conservé to advise et legal advisor, dont nous avons fait aviseur légal: avocat-conseil.
   La vieille langue avait: de fait avisé, pour: de dessein prémédité.

   AVISSE. Vis. Si le mot dérive, comme on le prétend, du latin vitis ou vitem, autant vaut avis, avec l'article la agglutiné au mot, que vis tout seul. Avisse, féminin, a un visaige bien plus français que vis qui est presque du latin. Les Acadiens n'ont pas créé ce




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.