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BAISE-PIASTRE
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BALISES

taigne: «Ne baillent de soy qu'une obscure apparence et umbre». Ronsard et La Tour donnent rebailler.
   Tous ces auteurs, les mieux accrédités de France, appartiennent aux XVIe et XVIIe siècles.
   En remontant plus haut, on trouve même à ce mot une acception qu'il n'a pas ou qu'il n'a plus ici: «Sus levez-vous, allons; celui qui me baillera est près». (MAILLARD, Traduction de la Passion de N.-S. J.-C.). Bailler, ici, est mis pour livrer.
   À bailler se rattachent bailleur de fonds; bailler à ferme, donner à bail, bailler de faux exploits, la bailler bonne, la bailler belle; expressions conservées dans la langue courante de France.
   Au futur, le verbe donne barai, contraction de baillerai, tel qu'on le trouve conjugué dans la Ve Conférence: «Je te la barai pour rien».

   BAISE-PIASTRE. Grippe-sou, avare, peigne (pingre). Les Canadiens disent: baise-la-piastre.

   BAISSIÈRE. Affaissement de terrain où l'eau s'amasse aux grandes pluies; terrain bas et marécageux: «En la bessière ad une plaine». (Roman de Rou). Baisse, en vieux français, se disait pour lieu marécageux.

   BALAFRE. Se dit aussi d'une déchirure.

   BALAN. Être en balan, c'est être hésitant, indécis, en doute, en balance, d'où le français: Le cerf balance, c.-à-d., va d'un côté puis d'un autre, ne sait pas quelle direction prendre.
   Nous disons: Je suis en balan si je dois accepter son offre; Allez-vous acheter cette terre? — Je suis en balan.
   Madame de La Fayette écrivait au comte de Bussy: «Il y a plusieurs jours que je balance à vous écrire». Nous dirions: que je suis en balan si je vous écrirai. Et Molière (Amphitryon): «Je ne m'offense point à vous voir en balance».
   Richelet prétend que balan, ou plutôt balant, est un terme de mer signifiant la portée de la corde qui n'est point halée, c.-à-d., ni raide, ni bandée. Ce qui paraît donner de la vraisemblance à cette opinion de Richelet, c'est qu'en Anjou on dit: prendre, avoir du balan pour osciller, et au Berri: donner du balan.

   BALANCINE. Balançoire. On dit plus souvent galancine. Balancine est un terme maritime en France.

   BALESTRON. Voiture. Terme de marine.

   BALIAGE. Balayage, action de balayer ou plutôt de balier.
   Se dit, au figuré, pour vider une place: Il a fait un baliage de tous ceux qui se trouvaient dans la salle: il les a tous mis à la porte.

   BALIER. Balayer. Se disait et se dit encore parmi le peuple et même à Paris: «On fait assavoir à tous les habitants de la dite ville qu'ils ayent chacun... à nettoyer et à balier bien les rues». (Ordonnance de police de la ville de Bourges (1627), citée par Jaubert); «Balier, to sweep with a broom». (COTGRAVE). On trouve balier dans la Chanson de Roland, dans Bonaventure Des Périers et dans d'autres auteurs faisant auto-rité.
   Le mot a trouvé grâce même devant Boileau qui écrit (premières éditions): «D'une robe à longs plis balier le carreau».
   Nous lisons dans Richelet (XVIIe siècle): «Ce mot se prononce comme s'il était écrit baleier. Balier et baleier sont bons tous les deux». Et dans le grammairien Alemán, son contemporain: «Le plus grand usage est balier, qui est plus court, plus net et plus commode».

   BALISES. En tant que terme marin, ce mot garde ici la même signification qu'il a en France. Se dit sur terre, des arbustes dont on jalonne le par-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.