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BARGOU
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BARRÉ

rivière, d'un fossé, etc. est inconnu en Acadie.

   BARGOU. Gruau épais à la farine d'avoine que les Anglais appellent porridge. S'entend surtout aux Îles-Madeleine.

   BARGUINE. Marché, troc, convention. Nous tenons de l'anglais la prononciation de ce mot, mais le mot lui-même vient de France où les Anglais l'ont pris. Il s'écrivait bargaine, bargainne, bargane dans la vieille langue, et aussi barguegne comme on le trouve dans la Fille du comte de Pontieu.
   En Acadie, le mot est du genre masculin; les Canadiens le font tantôt masculin et tantôt féminin.

   BARGUINER. Le gui de barguiner ne forme qu'une seule syllabe, comme dans guitare. Marchander, débattre sur le prix de vente: «Il m'a voulu barguiner sur une si grande somme de deniers». (JOINVILLE); «Combien tout coustera sans barguigner?» (Nouveau Pathelin [adaptation de La Farce de Maître Pathelin], p. 144). On trouve aussi barbigner, barbignier dans les vieux auteurs. Barcuniare dans Du Cange.
   Le Dictionnaire, dernière édition, lui donne le sens d'hésiter.

   BARLUE. Berlue. Cotgrave écrit barlue. Un a plus souvent qu'un e précédait les liquides l et r, dans l'ancienne langue jusqu'à la confection du «Dictionnaire dogmatique de la langue française». Le mot pourrait bien venir de warloque, louche, comme le prétend Borel.

   BARNACHE ou BERNACHE; aussi BARNÈCHE et BARNACLE. Le plus gros et le plus savoureux des canards. Les Acadiens l'appellent cravan. Dans les Natchez, Chateaubriand parle d'une «barnacle perchée sur les framboisiers de la grotte, annonçant le retour du matin». Cet oiseau-là a été pondu et couvé dans le
cerveau du grand écrivain. Il n'a, en tout cas, rien de commun avec la barnache ou le cravan du Canada. L'Académie l'a recueilli et même l'a baptisé poisson.

   BARQUETTE. Petite chaloupe de pêche. Cotgrave a noté le mot.

   BARRANDER. «On entendait des guerlots (grelots), puis le train (bruit) d'une carriole (voiture d'hiver) qui se barrandait sur la glace». (BARBEAU, Anecdotes [populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920]). Le mot est plutôt canadien.

   BARRE du jour. Premières lueurs de l'aurore: se lever à la barre du jour; à la petite barre; «L'aube colora sa barre au bord des cieux». (LAMARTINE).
   Ce mot a autant d'applications en Acadie, plus même qu'en France. Nous avons, au Nouveau-Brunswick, la barre de Cocagne [et] la barre de Richibouctou, qui consistent en une barre de sable obstruant l'embouchure des rivières du même nom.

   BARRÉ. Quadrillé, rayé, carreauté. Se dit des étoffes: de l'étoffe barrée. Il y avait, autrefois, les Frères Barrés, religieux qu'on nomme Carmes aujourd'hui, ainsi appelés parce qu'ils portaient des manteaux quadrillés noir et blanc. Dans l'argot du blason l'on dit: barré d'argent, barré de gueules. Bariolé paraît venir de ce mot. Radical: varius, en bas latin barratus.
   Nous disons, dans un autre sens, qu'une rivière est barrée l'hiver lorsque le pont de glace est pris et s'étend d'un rivage à l'autre.
   Il y a le Cap-Barré, dans le bas du fleuve Saint-Laurent. «From the rock of the Cape which is varicolored or barred». (White, cité par Clarke, The Heart of Gaspé, p. 274).
   Le mot se dit aussi pour fermer à clef: Nous barrons un objet dans un coffre.
   Barrer la porte. Autrefois les portes




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.