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BARREAU
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BÂSIR

se fermaient au moyen de barres de bois: «Soudain elle barra sur soy la porte». (RABELAIS); «Et quant est liens (dedans) enclos, on lui ferme la porte qui est de fer, fermant à grosses barres». (Les Quinze Joyes de mariage).
   Nous disons: La porte barre en dedans pour se barre.
   Absolument: Il est temps de barrer; il faut barrer à six heures, c.-à-d., fermer boutique.

   BARREAU. Ancien jeu de dames, conservé en Acadie, où il s'agit de rembarrer son adversaire, c.-à-d., de l'immobiliser, de le faire prisonnier. Si l'un des deux joueurs fait gueule-de-loup, il est sauf et la partie est nulle, comme il en est de celui qui fait trictrac au jeu franc de dames. Une pensée militaire a présidé à l'invention de ce jeu comme à celui des échecs.
   Il y a, je crois, dans le Dauphiné une forteresse des Barreaux.
   En 1733, Buffon publia un mémoire de géométrie sur le jeu du franc barreau.

   BARRURE. Cloison, mur. Terme populaire et péjoratif pour barrage.

   BARS. Poisson dont la chair est exquise. Labrax lupus (?). C'est le congénère de l'achigan des Canadiens. Celui-ci est un poisson d'eau douce habitant les lacs et les rivières, tandis que le bars est un poisson d'eau salée. Les Anglais l'appellent archigan black bass; et le bars, bass tout court. Le mot est bien connu en Bretagne, en Vendée, en Aunis, en Saintonge, etc. L'Académie dit tout simplement: bar, poisson de mer.
   Le duché de Bar avait un de ces poissons, courbé et adossé, dans ses armoiries.
   Ménage fait venir le mot de l'arabe, ce qui n'est guère vraisemblable, et La Combe du latin barbus.

   BAS. Se dit également pour chausson et chaussette.
   Être bien au bas, c'est être bien malade, en danger immédiat de mort.

   BASANNER (Se). Se faire une peau basannée en s'exposant au soleil.

   BASCULE. Jeu d'écoliers. Faire la bascule, c'est pirouetter.

   BASCULER. «Renverser un véhicule mobile sur son axe.» Je prends cette définition du Dictionnaire de Dionne. Nous disons aussi, en étendant le sens du mot: Je l'ai basculé d'un coup de poing, pour je l'ai tombé.

   BASCULIS. Amas, blocs de glace empilés les uns sur les autres, sous l'action de la marée et des vents, dans les havres et plus particulièrement à l'embouchure des rivières.

   BÂSER (Se). Se fonder: Je me bâse sur ce que je leur ai entendu dire; Je ne sais pas sur quoi il se bâse pour affirmer que... Formé sur le substantif base.

   BÂSIR. Disparaître tout à coup, s'évanouir à la vue. Correspond au mot anglais to vanish. C'est peut-être le même mot: Je ne sais pas où il est allé, il a bâsi; Le lapin que j'épiais vient de bâsir.
   On trouve des traces de ce mot répandues dans toute l'étendue de la France et à tous les âges de la langue. L'argot en a fait, comme nous disons, ses beaux dimanches. Il l'a fait synonyme de tuer: «Bâzir ung homme». (Procès des Coquillards). Il lui a même ajouté un doublet: bazourdir. Bazourdir a donné le mot abasourdir. Bazarder en argot, c'est mourir: Cet homme est bazardé. Dans Vidocq, esbasir signifie assassiner.
   On trouve le mot sous plusieurs formes dans la langue romane. Une fosse s'appelle un bas en Languedoc. Dans [La Farce de Maître] Pathelin, bâsi est pris dans le sens de mort: Je suis basi, si Dieu ne m'aide.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.