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BAVASSEUX
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BÉCHER

le même sens. C'est du vieux français: «La coustume concède à cet âge plus de liberté de bavasser». (MONTAIGNE).
   En vieux français, bave avait à peu près la même signification: «Hé Dieu! que vous avec de la bave!» ([La Farce de Maître] Pathelin).
   Bave pour bavardage ou bavassage s'entend encore en Normandie, où baver se dit pour bavarder.

   BAVASSEUX (eur). Se dit de quelqu'un qui se plaît à parler indiscrètement du prochain.

   BAYDARQUE. Embarcation des Esquimaux «fait[e] de peaux de veau marin réunies par des coutures plates, exécutées avec des nerfs de ces animaux». Elles sont percées de trous, où s'ajuste le pêcheur ficelé lui-même à la barque, devenue insubmersible. Le mot n'est en usage que chez les Acadiens des côtes du Labrador.

   BEAUSIR. Devenir beau: Le temps va beausir. Je n'ai entendu cette expression qu'aux Îles-Madeleine.

   BEAUTÉ (Une). Une grande quantité, beaucoup: J'ai une beauté de pommes dans mon jardin; Y avait-il beaucoup de monde? — Oui, il y en avait une beauté.
   Beaucoup se décompose en beau-coup; un beau-coup. Nous disons indifféremment: J'ai beaucoup d'animaux, ou j'en ai une beauté.

   BEAUX-BEAUX. Faire des beaux-beaux, c'est faire des joies, des bien-aise, des projets chimériques.

   BÉBÉ. Petit enfant. Nous tenons ce mot de l'anglais baby, prononcé bébé.

   BEBEL. Jouet, bibelot. Se dit bibi, quelque part en France. Babiole signifiait jouet d'enfant au XVIIe siècle, et babeau, cadeau dans la vieille langue.

   BÉBITE. Terme enfantin désignant toute espèce d'insectes.
   BEC. Ce mot a toutes les acceptions qu'on lui donne en France, et quelques autres en plus: Donner un bec, c'est donner un baiser. S'applique surtout aux enfants: «Ils estoient entour sa bouche et lui léchoient le bec». (LA TOUR). Faire le gros bec, c'est faire une moue, commencer à bouder; Faire le petit bec, c'est faire le dédaigneux, la petite bouche. Nous disons fermer le bec, comme l'on dit en France taire son bec; Becco était le nom du bec d'un coq chez les Gaulois. Le sens s'est étendu.
   Le mot est employé par Suétone, mais comme venant du celtique.

   BÉCAILLÈRE. Nom d'un petit oiseau.

   BÉCHAGE. Action de bécher la terre. Cotgrave épelle le mot beschage.

   BÉCHÉE. Becquée. Donner la béchée.
   On trouve dans Cotgrave: «Abbéché, fed as a young bird by the old»; «Quand je te vois, le coeur me rit, / Beau cidre, et ma gorge séchée, / J'attends ainsi que dans le nid, / L'oiseau qui reçoit sa béchée». (Vaudevires de Normandie).

   BÉCHER. Signifie, comme en France, remuer la terre avec une bèche; nous disons avec une tranche. Bécher des patates (pommes de terre), c'est plus particulièrement les renchausser.
   Bécher se dit aussi d'un oeuf sur le point d'éclore, qui est béché à l'intérieur par le bec de l'oisillon captif: Les oeufs commencent à bécher. Ceci, il me semble, établit bec comme radical de ce verbe, malgré Clédat qui tient que bèche et bécher soient d'origine incertaine.
   Bécher est la forme douce de becquer, mot courant en Acadie. Bécher est resté un terme de fauconnerie. Rabelais l'emploie. Du Bartas (XVIe siècle) parle du pélican «qui brèche sa poitrine pour nourrir ses




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.