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BORDAGE
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BOT

   BORDAGE. Rivage, bord d'une rivière: Il y a de grosses roches sur le bordage; Le bordage est gelé; «Et n'eust été les petits basteaux couverts, garnis d'archers et arbalestriers, rangés au bordage de la rivière». (Procès de Jeanne d'Arc, rapporté par Godefroy).
   Se dit aussi des glaces qui bordent le rivage, s'étendant en bordure à peu de distance dans la mer: le bordage est pris; la glace a un mille de bordage. Quant elle s'étend jusqu'au large, c'est la glace tout simplement.
   S'entend également des conditions d'un rivage où un voilier peut aborder: un bon, un mauvais bordage.
   On dit aussi déborie à la Baie-des-Chaleurs.
   Le terme est appliqué aux choses de terre dans plusieurs endroits de France, où il signifie ferme, métairie.
   À l'Académie, un bordage est ce qui revêt la coque d'un bâtiment.

   BORDÉE. Ce mot a été étendu aux choses de la terre. Nous disons: une bordée de neige, pour une averse de neige; Il est tombé une bonne bordée de neige. Relevé des Récits du Labrador, d'Henri de Puyjalon: «J'en ai pris plusieurs fois (des loups marins) contre la bordée de mon canot»; Aller à la bordée pour nos marins, c'est louvoyer.
   À la Baie-des-Chaleurs, lâcher une bordée, c'est lâcher une bordée de gadelles (goddams), de gros jurements.

   BORGO. Porte-voix; sorte de trompe marine faite, le plus souvent, avec une corne de boeuf et servant à appeler. Se rapproche du bugle-horn des Anglais; peut-être les deux mots ont-ils la même origine éloignée.
   Brantôme, dans l'«Infanterie française», [Vies des hommes illustres et des grands capitaines] parle du «huchet du postillon». C'est possiblement notre borgo puisque nous disons: hucher du borgo.
   Borgo est ce qu'en Bretagne on ap-
pelle une corne d'avertissement et en Normandie, une corne d'appel.
   L'oliphant de Roland [Chanson de Roland], immortalisé par les poètes, n'était peut-être qu'un vulgaire borgo: «Campains Rollans, sonnez votre corn». dit Olivier à Roland quand il se vit attaqué par les Sarrasins; «De temps en temps, à intervalles réguliers, l'un des deux soufflait dans une trompe de corne, d'où sortait un bruit pareil au beuglement d'une bête sauvage». (LOTI, Pêcheur d'Islande); «On avait presque toujours dans chaque ferme surtout dans celles où les terres étaient éloignées des habitations, une corne de boeuf dans laquelle on cornait pour appeler les travailleurs à la soupe». (VERRIER [et ONILLON, Glossaire des patois et des parlers de l']Anjou).
   J'ai lu dans un auteur dont je n'ai pas noté le nom: «Le steamer borgote à la Pointe-Basse».
   Borgau est le nom vulgaire d'une coquille univalve en France; «Ce mollusque (le bourgaud) à coquille spirale - environ deux pouces de long - porte le nom de buccinum undatum». (Naturaliste canadien, décembre 1925.)

   BOSSER. Bossuer, bosseler: un chapeau bossé; un plat d'étain bossé.
   «Bossé. Relevé en bosses: Tapisseries eslevées et bossées d'or et d'argent». (RONSARD, La Franciade, préface).
   On trouve aussi bocier dans l'ancienne langue: «Il ot assez bociet son vis (visage)».

   BOT. (Prononcé bott). Voilier, petite embarcation. Pris directement de l'anglais boat. Je note ce mot, qui est devenu d'un usage universel, parce que l'Académie est allée, avant nous, l'emprunter à l'Angleterre pour le mettre dans paquebot: bateau porteur de paquets. Le mot bateau lui-même n'est qu'un diminutif de boat ou de bot.
   On trouve bat pour bateau dans le




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.