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BOUQUET JAUNE
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BOURINGAN

tions, en France, tant dans la vieille langue que dans la contemporaine. Il y a d'abord l'Académie qui le définit, au propre, baiser quelqu'un de force et, au figuré, forcer quelqu'un à faire ce qui lui déplaît. Ces définitions sont basées sur des passages tirés des anciens auteurs et copiés, presque mot à mot, du Trévoux.
   Dans quelques-uns de ces passages, le sens de bouquer est loin d'être clair: «Chascun sent bien qu'il y a plus de braverie et de desdaing à battre son ennemy qu'à l'achever, et de le faire bouquer que de le faire mourir». (MONTAIGNE, Essais, liv. 11, chap. 27); «Il fallut que le duc de Saxe vint bouquer et se rendre prisonnier». (BRANTÔME).
   Dans la marine, bouquer signifie céder devant une menace. Chez les chasseurs, c'est faire sortir le gibier du terrier.
   Si dans le premier sens, bouquer dérive de bouc, l'on peut, je crois, dans le sens de baiser, dire qu'il vient du latin bucca, bouche.

   BOUQUET JAUNE. Ce que les Canadiens appellent bouton d'or. Bouton blanc, marguerite des champs.
   Quant on monte une maison ou une grange, que le dernier entrait est à sa place et que le coffre court d'une extrémité à l'autre du toit, on met le bouquet, qui consiste le plus souvent en un petit sapin sur lequel les bons tireurs s'exercent. Celui qui l'abat reçoit un prix. Cette coutume remonte à la fondation de l'Acadie et nous vient de France.

   BOUQUEUX. Rétif; qui s'entête à ne pas obéir. Se dit des animaux et aussi des personnes.

   BOURAGAN. Bouracan [sic]. «Sorte d'étoffe à grosse trame, non croisée». (CLAPIN).

   BOURASSE. Bourrasque. Les bourrasses sont au Berri «de gros nuages noirs qui traversent l'espace avec rapidité». (JAUBERT).
   BOURASSER. Gourmander, parler à quelqu'un sévèrement.

   BOURDAINE. Fruit de l'aulne noir.

   BOURDER. Se dit d'une charrette et de tout véhicule embourbé ou arrêté par un obstacle qui l'empêche d'avancer. Un cheval bourde quand la charge est trop pesante: «Il maugréait Dieu comme un chartier bourdé». (Contes d'Eutrapel, cité par Verrier [et Onillon, Glossaire] des patois et des parlers [de l'Anjou]).
   George Sand ([Les] Maîtres sonneurs) emploie le mot bourdi: «Il attela la jument à la place de l'âne bourdi».
   Bourder en Normandie, c'est s'embourber.
   Le mot signifiait plaisanter, se moquer, dans l'ancienne langue, comme dans ce passage de Froissart: «Ainsi bourdoient (plaisantaient) et jongloient (raillaient) là li chevaliers».
   S'est dit aussi euphémiquement pour mentir, dire des bourdes.
   Les deux significations, tout à fait différentes, de bourder appellent deux radicaux différents que l'analogie aura confondus. Bourder, dans le sens d'être empêché par un obstacle, me semble d'origine maritime. On dit encore bourde pour mât soutenant un bâtiment échoué.

   BOURDIGNE. «Enceinte de claies établie sur le bord de la mer pour prendre du poisson». ([Bulletin du] parler français [au Canada]). C'est un mot canadien employé dans la Gaspésie. Les Acadiens disent plus généralement nijagan, mot d'origine sauvage.

   BOURDONNÉ. Frisé. Ses cheveux sont bourdonnés. Mot particulier aux Acadiens (ou Canadiens) des Îles-Madeleine.

   BOURG Est devenu Bourque, nom propre.

   BOURINGAN. Étoffe de velours




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.