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BOYE
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BRAILLER

tre pièces se porte à deux. On s'en sert beaucoup aux Îles-Madeleine. Boyard et bayard paraissent être le même mot. Ils se rattachent vraisemblablement à bard qui signifie à peu près la même chose.

   BOYE. C'est ainsi que nous prononçons le mot bouée.

   BRÂCE. Au jeu de cartes, la brâce, c'est la donne. Nous appelons brâceur celui qui brâce, qui mêle les cartes.

   BRACE-CORPS (À). L'Académie donne à bras-le-corps. Genre de lutte où les deux lutteurs, placés face à face, croisent leur bras autour du corps de leur adversaire. Brace se disait pour bras, dans la vieille langue: «Li reis ad pris Tierri entre sa brace», Le roi a pris Tierri entre ses bras. (Chanson de Roland, stance 289); «Rois Maebrés le prend entre sa brace». (Elie de S[aint]-Gilles, v. 1715); «Li uns vers l'autre en vet brace levée». (Les Narbonnais, v. 8020).
   Le vieux français disait: jornée de brace pour corvée de bras. Aussi: à pleine brace pour abondamment. Se débrasser s'est dit pour se dégager des bras.

   BRÂCER. Agiter, mélanger, brasser: brâcer son thé pour faire fondre le sucre; brâcer la bouteille avant de prendre la potion; Je l'ai brâcé, je l'ai secoué, je lui ai lavé la tête. L'Académie écrit brasser; la vieille langue épelait et prononçait comme nous: brâcer. Peut-être les deux mots ont-ils une origine différente, l'un se rattachant à bras, et l'autre à brâce, qui signifie malt dans l'ancienne langue.
   Brâcer les cartes, c'est les mêler avant de les donner.
   Au figuré brâcer quelqu'un, c'est le semoncer vertement.

   BRAGUE. Vantardise. Nous avons repris aux Anglais ce mot qu'ils ont conservé de l'ancienne langue de nos pères.
   BRAGUER, se BRAGUER. Se vanter sottement, faire le fanfaron.
   Nous tenons, peut-être, ce mot de l'anglais to brag; mais il n'en reste pas moins qu'on le rencontre fréquemment dans l'ancienne langue: «C'est pour croistre leur butin et leur estat faire braguer». (Ancien Théâtre français, vol. II, p. 129).

   BRAGUETTE. Le gu se mouille. Ce mot est très français, mais flaire l'indécence. Rabelais, maître ès polissonneries, nous apprend qu'il a fait un livre sur «la dignité de la braguette».
   Je ne rapporterai pas tous les sens que ce mot avait dans l'ancienne langue.
   Dans la nôtre, il se dit du pont-levis des culottes à clapet, mais il s'entend aussi du contenu.
   À la naissance de Louis XVII, les poissardes chantaient: «Notre charmante Antoinette / Vient de faire un petit bout, / Et j'avons vu la braguette / De not' dauphin à trétous». Rabelais (Panurge [personnage de Pantagruel]) a: «Bragmarder à leurs dépens» pour jouer du braquemard, sorte d'épée. Il semble y avoir parentage entre braguer et bragmarder.

   BRAGUEUX. Vantard: «Rencontrant par les rues quelques mignons bragards (fringants) et mieulx en poinct... par gayeté de coeur leur donnoyt grandz coupz de poing en face». (RABELAIS).
   Avant de dire bragard, on disait brague et braguer. L'un et l'autre sont dans Menot, tour à tour en français et en latin: «Ce sont les grandes pompes, les grandes bragues... Haec sunt magnae pompe et grande bragationes». (MENOTTI, Sermones).

   BRAILLER. Pleurer. Le mot pleurer ne s'emploie jamais; c'est brailler que nous disons, soit qu'il s'agisse d'un enfant, soit d'une grande personne.
   Dans ces vers du Roman de la Rose: «Ains fiert et frappe et roille et maille /




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.