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BRUMER
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BÛCHEUX

   BRUMER. Faire de la brume. Il brume lorsque le temps est très couvert et chargé de brouillard. Formé sur brume.
   Brumer se dit aussi pour meugler. C'est apparemment une déformation analogique de bramer. Le mot s'applique surtout aux vaches et veaux. Bramer ne se dit que du cerf. Parlant du boeuf, nous disons plutôt qu'il beugle. Marot et d'autres écrivains de son temps ont employé le mot bramer en parlant des bêtes à cornes. Nous en avons fait brumer. L'on dit bremer en Berri. «Et les boeufs de brémer, dans l'étable». (SAND, Légendes rustiques).

   BRUNANTE. La tombée du jour, lorsqu'il commence à faire brun. Nous disons aussi, comme en France, à la brune. Cette partie du jour a été décrite par La Fontaine et par les meilleurs écrivains de France de diverses manières, plus heureuses les unes que les autres: «Trois, quatre fois, à l'embrunir du jour / Il fit sonner le marteau sur la porte». (RONSARD, Le Bocage royal); «Le jour s'embrunessoit». (Idem).
   Joinville avait dit avant lui: «Il ordonna que il mouveroit le mardi au soir à l'anuitier». Les Romains avaient advesperascere: l'ancienne langue avesprer. Aucune de ces expressions ne semble aussi bien trouvée, aussi belle qu'à la brunante. L'image, ici, se prolonge et le jour tombe lentement.
   La vieille langue avait brunette pour tombée de la nuit. On disait aussi journante pour lever du jour.

   BRUNEZIR. Brunir. Ce mot, emprunté à la langue d'oc, est encore employé dans le centre de la France.

   BRUNIR. Le jour brunit quand il tombe, quand arrive la nuit: Il commence à brunir; «Mais déjà l'ombre plus épaisse / Tombe et brunit les vastes mers». (LAMARTINE, Méditations [poétiques]).
   BU. En boisson, mais non pas complètement ivre: Cet homme est bu; un homme bu. L'expression a cours en France, quoique le Dictionnaire ne l'ait pas enregistrée dans ce sens.
   «Beu; Adj.: Drunk». (COTGRAVE). Drunk correspond exactement à notre mot bu. Les Latins disaient potus. L'ancien français avait esbeu. On trouve embeu, même sens, dans Floire et Blancheflor.
   Les Canadiens disent chaud dans le même sens.

   BUBUSSE. Terme enfantin pour breuvage lacté. Nous disons aussi bubume.

   BÛCHAGE. Action de bûcher, de débiter du bois de chauffage en bûches: «Thérence... paraissait s'entendre aussi bien qu'homme du monde que ce fut aux affaires du buchage». (SAND, Les Maîtres sonneurs).
   L'ancien français connaissait le mot; il y eut même le sens de droit prélevé sur les bûches.

   BÛCHER. S'emploie aussi bien absolument que suivi d'un complément. Nous disons: bûcher, aller bûcher, engager un homme pour bûcher.
   Je transcris de Maria Chapdelaine de Louis Hémon: «Esdras et Legaré prirent leur hache et bûchèrent pendant trois jours».
   Les Berrichons emploient comme nous ce verbe sans complément. Ils disent bûcher pour bûcher du bois: «Lors dist cilz qui va boschoier». (DESCHAMPS, vol. III, p. 53).
   Le mot a pris ici le sens générique de travailler fort que les universitaires de Paris lui donnent: bûcher sa thèse. Nous disons: Il faut que tu bûches si tu veux finir aujourd'hui.

   BÛCHEUX. Bûcheron. Nous disons également bûcheron.
   En France, un bûcheux est un homme qui donne une forte journée, un grand travaillant.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.