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C

   C. Dans les écritures aussi bien que dans la prononciation, c se confond souvent avec g. L'Académie écrit second et prononce segond.
   Nous trouvons dans Joinville: «Le bourc de Sayette» pour le bourg de Sayette, «lonc temps» pour long temps. Ailleurs, ce sont «des roches grosses comme des huges» pour grosses comme des huches.
   Brantôme dit segret pour secret; Froissart écrit Haindebourc pour Edinbourg; Rosebourc pour Roxburg. Grec dans la bouche du peuple donnait grais, comme aujourd'hui échecs, legs se disent échès, lès. «Le galland aussitôt tire ses grègues». (LA FONTAINE), c.-à-d., relève ses pantalons à la grecque. Ailleurs, La Fontaine écrit cicogne pour cigogne.
   Ce fait linguistique se remarque dans le changement en français d'un certain nombre de mots latins: crassum donnant gras; acutare, aiguiser; conflare, gonfler; macrum, maigre; classicum, glas.
   Les anciens Normands disaient gérurgien pour chirurgien, mot dont les Anglais ont fait surgeon. Aigu donne acute chez les concitoyens de Lloyd George. Nous avons barque et barge, étymologiquement le même mot.
   La plupart de ces reliquats de l'ancienne langue se retrouvent en Acadie, où l'on dit geval pour cheval; agever pour achever; ageter pour acheter; gaboter pour caboter.

   ÇA. Pronom impersonnel. S'emploie pour il, cela, etc., et reçoit un grand nombre d'applications: Ça grèle; ça tonne fort; ça ne sait pas ce que ça dit; c'est jeune (ça est jeune); ça me dit d'y aller; ça vient; ça tourne mal; ça m'a pris tout à coup; ça coule;
ça brûle; ça grouille; ça sonne à la porte; ça arrête de se plaindre. Quelqu'un a dit que ça est un pronom à tout faire.
   Ça est un gallicisme, tout comme le pronom impersonnel il: «Voyez comme ça grandit! Voyez comme ça appris à bien dire!» (SAND, Claudie).
      Ça mange, mais ça ne travaille pas; Ça veut faire son homme et ça n'a même pas de barbe au menton. Ici, ça est plutôt pronom personnel.
   Ça, dans le parler des Acadiens, se substitue toujours à il lorsqu'il s'agit de météores: Ça gèle bien dur: Ça grèle; Ça mouille (il pleut); Ça tonne fort.
   Nous disons encore avec M. Eugène [Le] Roy, dans Jacquou le croquant: «Il n'avait pas été à la tuillère depuis une dizaine d'années de ça!»
   Le pronom impersonnel il était à peu près inconnu dans l'ancienne langue. Il ne commence à être véritablement en usage qu'à partir du XIIe siècle.
   Il, pronom personnel, vient de ille. Ça procède de ecce hoc. Quelquefois ce est mis pour ça, comme dans: «Vivons sages ou vivons fous, ce n'a presque pas d'importance». (MAURRAS, Les Amants de Venise).
   Il pleut est exactement l'équivalent du latin pluit, sans égard au lieu où le phénomène se produit; ça pleut se rendrait plutôt par il pleut ici.
   Ça dans: donnez-moi ça, est la contraction de cela ou plutôt de ce là, dont l'un et l'autre mot est composé: «Mes enfants dans le village. / Suivi des rois, il passa; / Voilà bien longtemps de ça». (BÉRANGER).
   À la question: Comment ça va-t-y? Si la réponse est: Comme ça; c'est que ça ne va ni bien ni mal.
   Nous disons aussi: quoique ça pour malgré ça, en dépit du Littré qui con-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.