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CABALE
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CABINET

damne sévèrement cette locution adverbiale.
   Les Acadiens des Îles-Madeleine diront: Ça qu'il est bon, ce sucre!; Ça qu'il est fort; Ça qu'il est savant!
   On trouve dans Des Périers: «Ça viennent-elles?»
   Ça communique au langage une souplesse, lui fournit des nuances qu'on chercherait en vain dans le pronom impersonnel il. Son élimination dans la langue écrite est une perte réelle. Afin sans doute d'accréditer le mot, Bossuet dans son Discours sur l'Histoire universelle, je crois, commence l'une de ses périodes les plus solennelles par: Ça été. Vain effort de l'Aigle de Meaux, son exemple n'a pas été suivi et ça a empauvri [appauvri] la langue.
   «Cela prenait l'aspect d'une sorte de miroir ...; en se prolongeant cela paraissait devenir une plaine de vapeur. Puis, plus rien; cela n'avait ni horizon, ni contours». (LOTI, Pêcheur d'Islande). Tous ces cela, sans l'intervention de la graphie et des graphistes, seraient aujourd'hui remplacés par des ça dans les écritures, et la langue n'y perdrait rien en beauté et y gagnerait en concision.

   CABALE. Travail, le plus souvent inavoué, qui se fait en temps d'élection pour le recrutement des voix.
   Ce mot, honnête à son origine, est de provenance hébraïque. Au moyen âge, il prit le sens [de] cabalistique, de science occulte. La signification que nous lui donnons vient plutôt du moyen âge, mais son occultisme n'a rien, ici, qui sente le fagot.

   CABALER. Solliciter des votes en temps d'élection.

   CABALEUR. Solliciteur de votes dans une élection.

   CABANAGE. Action de se cabaner.

   CABANE. Se dit surtout en Acadie de la hutte conique des Indiens, ca-
bane sauvage, ce que les Anglais appellent wigwam. Shebeen ou chabène, cabine, cabanon sortent du même radical kymrique cab, et donnent l'idée d'une habitation plutôt misérable. Le mot est à l'Académie.

   CABANEAU. Pour les marins, c'est une petite retirance au bord de la mer où les pêcheurs de morue vont se mettre à l'abri le soir. Pour les gens de terre, c'est un endroit retiré où les paysans serrent les légumes, la viande, le poisson.

   CABANER (Se). Se mettre à l'abri dans une cabane improvisée: Cabanons-nous pour la nuit. Se dit surtout des Sauvages qui se cabanent au bord du bois. «Au bord du lac il y a des peuples qui sont cabanés». (CARTIER); «Au bout de deux jours ils troussèrent bagage pour aller cabaner proche du fort». (SAGARD, 583).
   C'est aussi un terme maritime. «Les Sauvages vont se cabaner à quinze ou vingt lieues». (DENYS, vol. II, p. 368). Le mot est dans [le] Richelet.

   CABAROUET. Sorte de voiture ou charrette en usage au Canada. «On les voyait passer à pleins cabarouets et à pleines charrettes». (BARBEAU, Folklore — Gaspé).
   En Louisiane ils disent, je crois, cabrouet.

   CABAT. Bruit, tapage, vacarme dans la Gaspésie.

   CABINET. Petite armoire à provisions; dépense. L'ancienne langue a connu cette sorte de cabinet. Dans la Gaspésie, d'après M. Barbeau, un cabinet est une chambre à coucher. «Cabinet. Petite chambre retirée servant ordinairement d'accessoire aux plus grandes pièces d'un appartement». (GODEFROY); «Est-ce que ta chambre ne te paraît pas assez parée et que tu souhaiterais quelque cabinet de la foire Saint-Laurent?» (MOLIÈRE, L'Amour médecin, acte I, scène II).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.