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CABOURNE
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CACHER

   CABOURNE. Désigne un enfoncement que les homards creusent sous les roches près du rivage, et qui leur sert de repaire l'été. Ce mot, perdu pour la langue et absolument inconnu en France aujourd'hui par les écrivains, y faisait bonne figure autrefois. Rabelais, à qui il faut souvent revenir, donne le titre de la cabourne des brissaulx à un ouvrage fantastique ou réel, qu'il cite dans Pantagruel. D'autres avant lui écrivaient caborne et cela signifiait une méchante cahute. Le mot, conservé chez les paysans d'Anjou, y comporte la même signification. Il y a, dans la commune de Jallais, le village des Câbournes. Au Poitou, il désigne plutôt un arbre creux. Les Berrichons ont chavarne, le v mis à la place du b, ce qui arrive souvent dans la transformation des mots en français et dans toutes les langues issues du latin, y compris le latin lui-même. Je lis dans Jaubert: «Chave, trou du rivage où se tiennent les écrevisses». C'est notre câbourne. Il y a un petit poisson à grosse tête dans la Moselle appelé caborgne.
   D'où vient le mot? Le Duchat, commentant Rabelais, assure que câbourne ou câborne vient de caput. Cela peut-être, et cela surtout, peut-être pas. Les Gaulois, dont le celtique était la langue, n'allaient pas chercher à Rome le nom des choses d'utilité première dont ils faisaient usage et le mot câbourne, avec ou sans altération, remonte jusqu'à eux. Il est plus vraisemblable que les Romains le leur ont pris, comme ils leur ont pris une infinité d'autres vocables, qu'ils ont ensuite altérés sous un déguisement latin.
   Ce qui paraît certain, c'est que câbourne et caverne sont le même mot. Les autorités en étymologie font venir caverne, les uns de cavus, les autres de cava, d'autres comme nous l'avons vu de caput. Il est malaisé d'expliquer comment câbourne a pu sortir de cavus, qui a donné régulièrement cave à la langue française. Pour l'étymologie de ce mot, j'aime autant recourir au celtique Kay, terme encore
en usage chez les bas Bretons, qu'au latin cavus. Reste à y greffer le suffixe - ourne ou -orne.
   Câbourne, à la Baie-des-Chaleurs, (N.‑B.), se dit aussi pour une surface marécageuse, où le pied s'enfonce.

   CACA. S'emploie aussi comme adjectif: Ne touche pas à ça, c'est caca, c.-à-d., c'est sale, c'est malpropre.

   CACAC. Cri pour détourner un enfant d'une vilaine chose. Le mot s'entend en France.

   CACAOUIT. Harelda glacialis (Leach). Perroquet de mer, canard à longue queue. Old-squaw en Anglais. «Les chasseurs lui ont donné le nom de kakawit, à cause du cri qu'il fait entendre, lorsqu'il se lève». (DE PUYJALON). Ce serait une onomatopée. Le mot peut aussi venir du micmac kakawegechk qui, d'après Rand, désignait une variété de canards sauvages. On le trouve dans N. Denys.

   CACAQUE. Mot enfantin pour caca. Caque s'est dit dans l'ancienne langue pour excrément. Faire la caque voulait dire faire caca.

   CACHE. La cache, au Canada, se dit surtout de l'endroit secret où les Sauvages et les coureux-de-bois, quand ils ont de longs parcours à faire, mettent les objets de première nécessité dont ils auront besoin pour le retour: la cache des vivres, des munitions, des embarcations. On dit cacher en Normandie pour chasser et chasser s'entend pour cheminer. Une cache, c'est un chemin. Cette confusion provient d'une mauvaise prononciation. C'est ainsi que plusieurs de nos gens disent chauvage pour sauvage.

   CACHE-NEZ. Grosse cravate dont on se couvre une partie du visage dans les grands froids.

   CACHER. Se dit pour se cacher, comme dans ces vers de Corneille. (La Suivante, II, 6): «Lui procurant du bien




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.