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CALE-VITE
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CAMPE

gnols, tous les autres doivent caler... devant eux».; «Celui que tu verras estre / En courroux, tu t'en fais le maistre Luy calant à propos et bien». (BAÏF). Desportes donne à ce mot certaines acceptions que je ne trouve nulle part ailleurs: «Voilà par quels détours vague ma fantaisie, / Calant ore à l'amour, ore à la jalousie».
   En vieux français, caler les voiles se disait, au figuré, pour se désister, abandonner une entreprise. Je lis dans Loret: «Vous avez bien fait de caler».
   Le Père Potier, dans Façons de parler [proverbiales, triviales, figurées, etc., des] Canadiens au XVIIIe siècle, ([Bulletin du parler français au Canada]) dit, en traitant du verbe caler: «Il cala, il céda, il se rendit, il baissa le pavillon». C'est le sens que nous donnons au mot cailler.
   Cailler se dit aujourd'hui chez les Canadiens pour pioncer, dormir: Il caille dans sa chaise. Signifie aussi sombrer, couler au fond: L'embarcation a calé. Nous disons d'une voiture qui s'enfonce dans la boue, dans la terre molle: N'avance pas, ça cale. Aussi: J'ai calé beaucoup d'argent dans cette entreprise. Ces différentes acceptions s'entendent en France comme ici, mais l'Académie ne les donne pas toutes. Ce mot est d'origine maritime. En argot cailler le raisine, c'est avoir le cafard. [voir cailler et cagner].

   CALE-VITE. Petit canard, qui apercevant le feu de l'amorce, plonge avant que le plomb lui arrive. N. Denys l'appelle plongeon et c'est, je crois, son véritable nom.

   CALFETER. Calfater. N. Denys écrit tantôt calfeter et tantôt galfeter. Nous avons les deux mots.

   CÂLINE. Coiffure de femme. L'ancien français avait châline. C'est une forme du mot français capeline. Verrier [et Onillon], dans leur Glossaire [des patois et des parlers] de l'Anjou, nous dit que «chapeline est une coif-
fure de femme, se nouant sous le menton». Cormeau nous apprend qu'elle «se mettait par dessus la coiffe de mousseline». Câline est évidemment une contraction de capeline ou de chapeline. On dit câlinette en Berri.
   Pour trouver le radical de ce mot, il faut recourir à caul ou cowl, coiffure de moine, en anglais. «Il estoit ceint d'une corde nouée à la façon de cordelier, et en sa teste avoit un gros bonnet blanc, que l'on appelle une colle, et nous autres calotte, ou bounette blanche de laine, noué ou bridé pas dessoubs le menton». (BRANTÔME, [Vie des dames illustres], «La seconde Reyne Jeanne»). Voici que câline et calotte sont cousins germains.

   CALMIR. Calmer: Le vent commence à calmir. Le français a gardé de ce bon vieux mot, accalmie, substantif formé sur le verbe accalmir. Nous avons le verbe accalmir à côté de calmir, dont il fait une sorte de doublet.
   Les mariniers de la Manche ont conservé ce mot.

   CALOTTE. Casquette. Se dit pour toute coiffure masculine, à l'exception du chapeau et du casque.

   CALUETTER. Aussi calouetter. Caluetter des yeux: Cligner des yeux. Montaigne donne au mot ciller le sens que nous donnons à caluetter: «Il faut qu'il cille les yeulx au coup qui le menace, qu'il frémisse etc.»

   CALUMET. Le calumet est, proprement, la pipe que les aborigènes d'Amérique fumaient avec leurs ennemis, comme symbole de paix. En Acadie aujourd'hui, le calumet est une grosse pipe de bois ouvré, en opposition avec la pipe ordinaire en plâtre.

   CALURON. Bonnet d'enfant chez les marins.

   CAMPE. Le français a le substantif camp, sur lequel le verbe camper a




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.