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CARIBOU
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CARROSSE

nous carguons nous-mêmes en arrière, ce qui veut dire que nous nous renversons jusqu'à passer l'aplomb. Les Français ne connaissent pas cette attitude ou du moins ne la désignent pas de ce nom. Nous nous carguons sur notre chaise lorsque nous la renvoyons en arrière; nous allons même jusqu'à carguer une chaise elle-même: Voyez comme il se cargue en marchant!; Ce mai est trop cargué, il tombera.
   Comment une charge, un fardeau, en est arrivée à rejeter le corps en arrière, au lieu de le courber en avant, est une solution qu'il faut laisser aux sémantistes: «Cil sont cagie que tot détordent». (Benoît de Sainte-Maure, XIIe s). Perceval écrit carger.
   On trouve cargue pour charge dans l'ancienne langue. De carrus a été formé, de bonne heure, le verbe carricare d'où le vieux fr[ançais] cargier, charger. En langage maritime, carguer, c'est retrousser les voiles vers leurs vergues ou leur mât.

   CARIBOU. Il y en a deux sortes le tarandus rangifier (Gray) ou caribou des bois, autrement appelé renne du Canada, et le tarandus arctitus ou caribou des plaines, beaucoup plus petit que l'autre. Le mot est d'origine micmacque [sic], kalebou signifiant pelleteur, qui remue la neige avec ses pieds, comme avec une pelle pour découvrir les lichens et autres cryptogames dont il se nourrit.
   Lescarbot est le premier écrivain qui ait mis le mot à la mode, avec son orthographe actuelle. Champlain qui l'emploie en 1632 n'a fait que l'emprunter. «Caribou ou asne sauvage». (SAGARD, 250).

   CARILLON. Bruit, vacarme, tapage: «Ce mot se dit aussi des crieries qu'une femme de mauvaise humeur fait à son mari». (RICHELET). Du latin: quadrilionam.

   CARNAGE. Dommage, massacre: La tempête a fait beaucoup de carnage. Se dit également pour une
grande quantité: Il y en avait un carnage.

   CARNASSIER. Nuisible. Un animal qui prend l'habitude de passer dans les champs voisins est un animal carnassier.
   Le mot comporte également d'autres sens. Un paysan avait une fort jolie fille. Quelqu'un l'en complimente: «C'est vrai qu'elle est bien belle», répondit-il; «et je remercie le bon Dieu surtout de ce qu'elle n'est pas carnassière».
   Le radical de carnassier est carnis, chair, charnel.
   Un enfant carnassier, est un enfant qui brise tout, un brise-fer [voir ce mot].

   CARROSSE. Subst. masc. Cotgrave en fait un substantif féminin, aussi Régnier, aussi la Satire Ménippée. Il y a lieu de croire que, pour les premiers Acadiens, carrosse était du genre féminin. J'ai moi-même entendu: une carrosse. Le mot est aujourd'hui, ici comme en France, du genre masculin.
   D'après ce qu'on rapporte — c'est peut-être une légende — voici à quelle occasion carrosse perdit le genre féminin. Louis XIV ayant à sortir, demanda que l'on fit avancer son carrosse. Tous les courtisans trouvèrent mon carrosse infiniment plus beau que ma carrosse. Plusieurs s'en extasièrent. Les Académiciens, alors en gestation de Dictionnaire, adoptèrent le genre nouveau, et par toute la terre où le français était parlé, ce fut un carrosse au lieu d'une carrosse, comme on disait antérieusement.
   Le roi avait tout simplement fait un lapsus linguae; la langue lui avait fourché comme on eût dit, s'il ne s'était pas agi d'un dieu.
   Le radical de carrosse est carrus, mais le mot venait directement de l'italien carrozza, qui était féminin. «Je m'en veni toujours à costé de la carrosseVIIIe Conférence.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.