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CELLE
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CÉRIMONIE

Palaye]: «Il se vest d'une soutane, / ceinturié à la toscane».

   CELLE. Est quelquefois, mais rarement, précédé de l'article la: C'est la-celle que je vous ai montrée; C'est la-celle que vous avez choisie.
   J'ai aussi entendu quelque chose de semblable à ceci, que je tire de George Sand (Jeanne): «Je parie qu'ils lui feront bâtir une meilleure maison que celle-la-la».

   CEMETIÈRE. Cimetière. Ce mot vient, paraît-il, du persan chimehir. Comme on le retrouve à Athènes et à Rome, déguisé en grec et en latin, il a eu le temps de prendre un grand nombre de formes avant d'arriver de Téhéran à Port-Royal.
   Il avait en France, au XVIIe siècle, celle que nous lui donnons en Acadie, et l'a conservée dans plusieurs départements. Les Anglais ont cemetery qu'ils tiennent des Normands. Ménage, mis en demeure, déclare préférer cemetière à cimetière, comme étant plus noble. Peut-être est-ce parce qu'il le fait dériver directement du latin caemeterium. Cotgrave donne cemetière. Saumaise parle du «semetière des vivants et des morts». Bref! notre cemetière peut lutter d'ancienneté avec le cimetière du Dictionnaire de l'Académie.

   CENAQUE. (Prononcé snaque). Festin: faire un cenaque. Nous tenons le mot des Anglais, je crois, mais les Anglais ne l'ont pas inventé.
   L'ancien français avait cenaille, cenal et cenacle, pour réfectoire, lieu où l'on soupe; et cener pour souper, prendre un repas. Coenaculum se disait en latin pour salle à manger et coena, pour repas du soir.

   CENELLIER. Aubépinier, prunellier sauvage. Cenentarius dans Du Cange.

   CENT. Centième partie du dollar américain. Les Canadiens disent une
cent (le t sonnant) et les Acadiens, un cent.
   Une discussion s'est élevée parmi les puristes du Canada pour déterminer s'il fallait dire cent, centime ou sou. Adhuc sub judice lis est. Avant la Confédération, les Acadiens disaient gros-jacques (voir ce mot).

   CENTRE. Le mot centre avait des acceptions autrefois en France que l'on ne trouve plus guère sous la plume des écrivains contemporains. Nous disions encore avec La Bruyère: «Les mêmes défauts qui, dans les autres, sont lourds et insupportables, sont chez nous comme dans leur centre». Le monde, depuis dix ans que la Grand'Guerre est finie, n'a pas encore trouvé son centre, dirions-nous, au lieu de son assiette.
   Une personne m'écrivait qu'elle était «tellement souffrante qu'elle ne pouvait plus trouver de centre pour se reposer».
   Se dit aussi pour moyen, secret, noeud, clef: trouver le centre de réussir; connaître le centre de la devine (énigme); il y a pourtant un centre à cela, pour un joint, une clef.
   Regnard (Démocrite, acte II, scène II) donne à ce mot le sens que nous lui donnons: «Quand on a de l'esprit ma foi, vive la cour! / C'est là qu'il faut venir se montrer au grand jour; / Et c'est mon centre à moi».

   CÉRIMONIE. Cérémonie. Nous disons aussi çarimonie. On trouve cérimonie dans Palsgrave, Nicot, Robert Estienne, Cotgrave. Brantôme nous dit que Charles Quint «s'en alla avec les cardinaux pour parfaire le reste de la cérimonie»; «Et encore fait-elle telle contenance et telles sérimonies qu'elle ne mangera, ni luy aussi». (Les Quinze Joyes de Mariage); «Les nopses, sérimonies et solemnités. (La Fille du comte de Pontieu); «J'ai s'cay mieulx l'usage et cérimonies». (RABELAIS, Pantagruel); «Nous ne sommes que cérimonie; la cérimonie nous emporte». (MONTAIGNE).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.