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CHAFFAUD
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CHAÎNER

disons avec Vaugelas: «Un mot reçu d'un chacun; avec Montaigne (Essais 1-25): «La vérité et la raison sont communes à un chacun»; avec Molière (L'Étourdi): «Dans l'esprit d'un chacun je le tire aujourd'hui». [D']Aubigné l'emploie et d'autres auteurs également.
   Chascun est à la fois pronom et adjectif, dans l'ancienne langue, et chaque y est inconnu. On disait: chascun jor (jour); chascun dit. Le mot chacun se rencontre dans les Serments de 842 [Serments de Strasbourg], premier monument connu de la langue française: «Et in cadhuna cosa».

   CHAFFAUD. Échaffaud. Nous disons chaffaud et échafaudage.
   Quelques-uns font venir le mot de l'italien catafalco et d'autres du bas latin scafaldus. Il est possible aussi qu'il vienne d'un radical scandinave sur lequel scafaldus a été formé. Cela me semble même probable, car il paraît avoir une origine marine.
   Pour les gens de terre en Acadie, un chaffaud, c'est le scaffold anglais, proprement l'échaffaud de l'Académie sur lequel on pend les mécréants.
   Pour les marins, «c'est un petit bâtiment bâti sur pilotis, au bord de la mer, et dont les pêcheurs se servent pour sécher leur poisson et mettre leurs agrès de pêche à l'abri. Ce bâtiment prend quelquefois le nom de saline». (CARBONNEAU).
   La mer passe au travers de ces chaffauds, par le bas. Chaffaud se dit même pour certain sous bassement de maison au Labrador.
   Les armateurs réunis en assemblée à Saint-Servan le 5 janvier 1842 ont adopté le mot chaffaud pour désigner «une espèce de plate-forme, construite sur le bord de la mer et s'y avançant assez pour que les embarcations puissent y venir décharger le poisson» (HAUTEFEUILLE, Code de la pêche maritime).
   Chaffaud se disait à côté de échaffaud dans l'ancienne langue:
«Ceux de chastel décliquèrent quatre martinets qu'ils avoient faits nouvellement pour remédier contre les dits chaffaux». (FROISSART). Amyot épelle le mot chafault. Joinville dit comme nous, chafaut: «chafaut que l'on ot establi fu porté».
   On est surpris du grand nombre d'applications que l'on donnait aux chaffauds d'empremier. Pour les militaires, c'est une machine de guerre. Amyot, Vies [des hommes illustres], parle «du chaffaud où se jouyent les tragédis». Je transcris de La Princesse de Clèves: «On monta sur l'échaffaud qui était préparé dans l'église et l'on fit cérémonie des mariages». En un autre endroit du même ouvrage: «Le jour du tournoi, les Reines se rendirent dans les galeries et sur les échafauds qui leur avaient été destinés». Je trouve ailleurs qu'anciennement l'on faisait sécher le lin sur des chaffauds.

   CHAGAGNAC. Adj. Mal-en-point ou mal-en-train, comme nous disons; affaissé, presque malade: Je suis chagagnac aujourd'hui; Le temps est chagagnac lorsqu'il s'assombrit et menace de tourner à la pluie. Changragni se dit pour bourrasque d'hiver dans le département de l'Isère. Les Canadiens disent: le temps se chagrine. Chagagnac pourrait bien être une forme péjorative de chagrin. Mais d'où sort chagrin et le verbe chagriner? Y a-t-il quelque rapport entre chagagnac et chavagnac, château en Auvergne où est né La Fayette, le héros de l'indépendance américaine? Qu'il vienne originairement de l'Auvergne ou de la Gascogne, les premiers Acadiens ont emporté ce mot de France; ils ne l'ont pas créé. On dit quelque part en Alsace chagrenad pour chétif.

   CHAÎNER. Aux Îles-Madeleine, se dit pour détaler à toutes jambes, prendre la poudre d'escampette.
   Nous chantons la chanson révolutionnaire: «Chaînez la Boulan-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.