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CHAISE
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CHÂLIT

gère, chaînez». Ce qui montre qu'elle remonte à plus haut que 1789.

   CHAISE. Chaise et chaire sont le même mot dérivés l'un et l'autre de cathedra, siège.
   Chaise est une façon dialectale de prononcer chaire. Ce mot n'est pas antérieur au XVIe siècle. Montaigne dit: «S'élançant d'une chaire où elle s'était assise». Au temps de Montaigne, les deux mots étaient à ce point confondus que Vaugelas ne savait auquel donner la préférence. On disait s'asseoir sur une chaire de paille et prédicateur en chaise.
   Le mot chaire est inconnu de nos gens: Le prêtre monte en chaise; il fait les annonces du haut de la chaise le dimanche. Molière dit dans Les Femmes Savantes: «Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaise». Dans un inventaire des archives du Maine, cité par A. J. Verrier, nous lisons: «Sortant de chaize, avant d'avoir pris la chasuble, la foudre du ciel tomba dans l'église. La dite chaize parut en feu».
   Il y avait la Chaise-Dieu en Auvergne. On a dit: chaise de théologie, de droit, à Paris, et même la chaise de s[aint] Pierre.
   L'orthographe de ce mot n'était pas arrêtée dans l'ancienne langue puisque l'on trouve: chaise, chaire, caire, chaere, kaère, cheere, cherre, chière, kare, quere, caire, chaieire, cheoire, kaiere, chaelle, kaielle.
   Une chaise à roulettes est ce que les Canadiens appellent une berceuse. La berceuse est de date assez récente en France. La chose et le mot nous viennent apparemment des Anglais: rocking-chair.
   La Grande Ourse se dit la Chaise en Acadie et le mot fait image.

   CHALEUREUSEMENT. Avec chaleur: Il l'a défendu avec chaleur [chaleureusement].

   CHALIN. Subst. et adj. Éclair sans tonnerre ou, comme disent les Cana-
diens, éclair de chaleur:    Est-ce une éloèze? (voir ce mot) — Non, c'est du chalin. Feu chalin signifie la même chose. Le mot est de formation régulière. Le vieux français avait chalt, et le fr[ançais] académique a chaud. Dans l'ancienne langue on disait chaline au lieu de chalin pour éclair de chaleur: «Ainz que l'soleiz deust épandre ses rais d'amunt e sa chaline». (BENOIS, Chronique rimée).
   Châlines en Berri. Le mot est dans Palsgrave, mais il le donne comme synonyme de sécheresse: «drighnesses, drie wether». Ailleurs, en France, châlin se dit pour regard: «Elle est si en colère que ses deux chalains en flambent». (JAUBERT).
   On trouve le mot châlin dans Nicot et dans plusieurs écrivains de l'ancienne langue. Il était tout à fait en usage, parmi le peuple au XVIe siècle. Radical: calorem.
   Ce mot avait de nombreux synonymes dans l'ancienne langue: ardoisin, fulgirin, sulphurin, rosin, cuivrin, etc.

   CHALINER. Faire du chalin. Entendu à la Baie-des-Chaleurs.

   CHÂLIT. Après avoir défini le mot, bois de lit, le Dictionnaire de l'Académie ajoute: Il vieillit. De fait, il est tombé; on ne le retrouve plus aujourd'hui sous la plume des écrivains de France.
   On le rencontrait fréquemment chez les écrivains du XVIe, voire du XVIIe siècle: «Je laisse à Pline qui a parlé... des châlits à la Déliaque». (LESCARBOT); «Fais-en crier les bancs et le challict». (RABELAIS); «Par tout mon logis que tout soit garny de chaslits», écrit quelque part Anne de France; «Perceval y appercent ung lict, estant dessus un riche challit d'ivoire». (Perceval).
   L'orthographe du mot n'était pas fixée dans l'ancienne langue; on le trouve épelé de diverses manières.
   Le châlit des Acadiens est plutôt un lit de plus petite dimension que le lit




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.