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CHANTERIES
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CHARGER

res navigables, qui devait rester libre pour le service de la navigation: «Faire les voyes et couper les boys et arbres estants sur les chantiers». (Ordonnance rapportée par Godefroy).

   CHANTERIES. Chants et chansons.

   CHAQUE. Se dit souvent pour chacun. Malgré les grammairiens et au désespoir de Littré, chaque pour chacun menace d'entrer dans la langue.
   Chaque est des deux genres: Ces livres coûtent une piastre chaque, pour chacun; Ces bouteilles contiennent une chopine chaque. Chaque, en vieux français chasque, vient de quisque; et chacun, de quisqueunum. Nous met[tons] tréma sur l[e] â de châque [sic].

   CHAR. Ce joli mot, de haute antiquité celtique, romaine, gauloise et française, apparenté au carrum des triomphateurs romains, le car des Anglais, a été mis de côté par les forgeurs de néologismes contemporains, qui lui ont préféré quelque chose et d'impropre et de laid: wagon, tramway.
   Nous disons char pour train de chemin de fer; char électrique pour tramway: un char de première classe pour un wagon de première classe. Nous avons le char-dortoir, le char-touriste. Gardons ces expressions; les bons écrivains de France nous les emprunteront un jour et elles finiront par entrer à l'Académie parce qu'elles ont meilleur «visage» que celles qui leur sont substituées.
   Char a signifié voiture dans l'ancienne langue. Eust. Deschamps emploie le mot dans ce sens, et d'autres bons écrivains avec lui: «Avoec ico, plus de cinquante cares qu'en ferat carrier». (Chan[son] de Roland); «Alarmé au bruit des chars qu'il fallait éviter». (LA BRUYÈRE, [Les Caractères, de] Théophraste). Ici, char se dit proprement pour chariot.
   Tramway commence à rebuter les Parisiens qui disent tramvère.
Tramvère, ni tramway, ni tramoué ne valent char. Char a donné chariot, un diminutif, à la langue. Pourquoi pas chariot à la place de tramway?: «Quand, en langage de chemins de fer, nous parlons de lisses et de chars, nous nous montrons en cela plus logiques que les Français qui se servent, pour ces deux mots, de rails et de wagons». (CLAPIN).
   Lamennais se sert du mot char pour diligence et La Fontaine, le maître des maîtres en euphonie française, pour voiture, dans Le Charretier embourbé [Fables]. Pendant la Grande Guerre, un ordre du général Estienne a suffi pour proscrire le mot tank et le remplacer par char d'assaut.
   Les chars nous viennent de nos grands ancêtres, les Indo-Européens. C'est d'eux que les Romains et, avant eux, les Celtes et les Germains ont pris le mot et la chose. Les Bretons d'Angleterre avaient leurs chars de guerre tout comme Jules César. Tant de grandeur pour aboutir à ceci: tramway! wagons! Si encore on nous avait donné carrosse!

   CHARCHER. Chercher: «O l'ardeur qui son cueur li charche». (Roman de la Rose, v. 13954); «Allons vite le charcher». (MOLIÈRE, [Le] Médecin malgré lui).

   CHARCOIS. Carcasse de loup marin dépouillée de son enveloppe de graisse: maigre comme un charcois (ou charquois).

   CHARPENTER. Faire oeuvre de charpentier.

   CHARDRON. Se dit quelquefois pour chardon.

   CHARGEANT. Indigeste: Cette nourriture est chargeante.

   CHARGER. Mettre sur les épaules: Tu n'est pas capable de charger ce sac de blé; La Mort «lui demande ce qu'il faut faire. / M'aider à rechar-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.