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CLAPET
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COCAGNE

   CLAPET. Nous disons: un clapet de culotte (pantalon). Le clapet dont il est ici question est une pièce carrée, constituant le pont ou le haut du devant d'un pantalon et qui se relève ou s'abaisse quand il en est de besoin. C'est probablement la brayette, chère à Rabelais. Les Canadiens l'appellent bavaloise, je crois.
   Nous avons aussi le clapet d'aboiteau, vanne qui se ferme automatiquement quand monte la marée, préservant ainsi les prées [voir ce mot] de l'envahissement de l'eau de mer, et que la pression des eaux douces de l'intérieur relève quand la mer s'est retirée.
   C'est l'esseau des Canadiens. Les roues de moulin, en France, étaient autrefois protégées par un clapet dont elles étaient enveloppées.

   CLAPOTEMENT. Clapotis des vagues.

   CLAVISSE. Plaque de fer à deux branches, percée de trous, au travers desquels on passe une cheville ou clavette, et qui sert à relever ou baisser le soc d'une charrue. Nous avons, apparemment, pris le mot aux Anglais qui le tiennent du latin. Peut-être aussi le tenons-nous d'atavisme? Les habitants de Gascogne ont le mot clavus, pour clou; le français a clavette. «Quinze ans n'ay, je vous dis, / Goult est mes trésors jolis; / S'en garderay la clavette» (DESCHAMPS). La clavette était fort en usage au temps des croisés [Croisades].
   On a dit clavenche pour clou, en vieux français. Le mot, en tout cas, a clavis pour radical. «Disons la menotte d'un palonnier, plutôt que la clavisse d'un bacul» ([Bulletin du] parler français [au Canada] de Québec).

   CLAYON. Petite barrière ou claire-voie à l'usage des piétons, placée ordinairement à côté de celle destinée aux voitures. Clayon est un diminutif de claie, mot qui nous vient originairement des Celtes, chez qui les bas lati-
nisants l'ont pris et qui, comme nous, l'ont déformé. Grec: Kleis, je ferme.
   On trouve hayon, pour petite haie, dans l'ancienne langue. Richelet donne claion, mais avec un sens différent de celui qu'a le mot en Acadie.

   CLICHE. Diarrhée chez les Canadiens.

   CLIN. Terme de marine. Un bateau est bordé à clin quand la coque est construite de planches empattant (voir ce mot) l'une sur l'autre: du bordage à clin.
   Le clin a ses emplois terrestes également. Il remplace souvent le bardeau pour le recouvrement des côtés d'un édifice, maison ou grange. C'est le clap-board des Anglais.

   CLINER. Couvrir de clin.

   CLOUSSER. Closser, glousser. Le français met ou dans glousser et o dans closser. Caprice des premiers scribes.

   CLOUSSEUX ou CLOSSEUX. Qui se lamente à propos de rien, comme une poule qui closse.

   COBIR. Bosseler, écocher une surface métallique: Cette théière est toute cobie. On dit aussi d'un chapeau dur qu'il est cobi, pour bossué.
   Rabelais (Pantagruel) s'est servi de ce mot avec la signification de meurtrir de coups: «Elle luy cobbit toute la teste, si que la cervelle en tumba». Ce mot doit avoir quelque rapport avec coffrir, resté dans la langue dialectale de France. Ménage le fait venir de colpus, formé sur l'allemand Klopfen, frapper.
   L'ancien roman avait cobe pour coup. Cobbir: «To bruise, or break into pieces». (COTGRAVE).
   On dit cophir, dans le même sens, en Anjou.

   COCAGNE. Belle paroisse acadienne du comté de Kent au Nouveau-Brunswick. Nom donné à cette loca-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.