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COËFFE
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COFFRE

Sainte-Luce au pays de Québec.
   On trouve coque dans Champlain et Lescarbot, ce qui montre bien que le mot vient de France. Des auteurs contemporains l'ont relevé. Le Roy, dans Jacquou le croquant, écrit en langue dialectale, parle de mongrettes ou haricot de coques, ce qui me paraît être le clam stew des Américains.
   Le mot se rencontre souvent chez les anciens auteurs, mais avec des sens divers: «Vostre orgueaux ne vaut pas une coque». (Roman de la Rose, v. 6519); «On dit encore coque pour coquille, en diverses provinces maritimes». (LA CURNE [DE SAINTE-PALAYE]). Dans Godefroy c'est «une sorte de poisson salicoque». Coque s'est dit également pour canot, petit bateau, dans l'ancienne langue, et aussi, paraît-il, pour limace.
   La coque a joué un grand rôle dans l'alimentation des Acadiens, dépossédés en 1755 de tous leurs biens, et périssant de faim le long des côtes de l'Atlantique où beaucoup d'entre eux furent jetés.

   COËFFE. Coiffe. Il y en avait ici autrefois, tout comme en France, de spéciales pour les enfants, les jeunes filles, les femmes mariées, les veuves. Elles ont à peu près toutes disparu pour faire place aux coiffures modernes. La câline survit encore, toutefois, dans certaines localités éloignées des centres.
   Quelques Acadiennes des côtes du Labrador portent encore la coëffe à capuche et la coëffe à la brèche.   «J'estois monté d'une coëffe». (MONTAIGNE).

   COEUR. Les Acadiens du Nouveau-Brunswick disent tcheur en mouillant fortement le c. Ceux de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton mouillent aussi le c, mais font sentir le u dans la prononciation. Comme notre c ne se mouille que devant la voyelle u, c'est cueur qui doit être la bonne, ou en tout cas, la première manière d'épeler ce mot et non pas coeur.
   La forme coeur est assez récente; on ne la trouve pas, que je sache, antérieurement au XVe siècle. Par contre, cueur et cuer tombent sous la plume des écrivains de France, depuis le XIe siècle: «Mon cueur ne peut pas bien vivre». (Vaudevires); «Autre que vous ne peut donner secours / A mon las cueur, lequel s'en va mourir». (MAROT).
   Joinville, Froissart, Rabelais, etc., écrivent cueur. On trouve coer cependant dans la Chanson de Roland. «Cueur (also coeur): The heart». (COTGRAVE, XVe siècle).
   H. Estienne prétend que le cuor des Italiens a été formé du terme français cuer.
   Coeur n'est pas le seul mot en -eur dont la forme ait été altérée: soeur l'a été également: «Pour avoir sa suer à femme». (FROISSART).
   Nous disons: à coeur de jour, à coeur d'année, pour tout le jour, toute l'année; en plein coeur de nuit, pour au milieu de la nuit; en plein coeur d'hiver, pour au plus fort de l'hiver. Saint-Simon a écrit: «À coeur de journée».

   COEUREUX. Courageux, qui a du coeur, de la bravoure. Coeureux est plus énergique que courageux et brave.

   COFFRE. Mêmes acceptions qu'en France. Se dit aussi pour cercueil: mettre un homme dans son coffre. «L'acception de coffre pour bière vieillit». (LA CURNE [DE SAINTE-PALAYE]).
   Dans l'administration des fonds de paroisse, le coffre est la caisse de la fabrique. C'est là que sont déposés les fonds provenant de la vente des bancs, du casuel, etc: mettre l'argent dans le coffre; prendre l'argent du coffre.
   De temps immémorial, et par droit coutumier, il fallait deux clefs pour ouvrir le coffre. Le curé en France, le missionnaire en Acadie, en possédait une, et le premier marguillier avait la garde de l'autre. Tout emploi des fonds paroissiaux était ainsi contrôlé de part et d'autre. Cela garantissait




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.