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COFFRÉ
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COLLECTEUR

le no representation, no taxation des Anglais, charte primordiale des libertés humaines. Cette coutume était si jalousement conservée en Acadie — et, en France, au temps des rois — qu'un premier marguillier de Grande-Digue s'est laissé exclure des sacrements plutôt que de remettre la sienne au missionnaire, sans l'assentiment des syndics et des deux autres marguilliers de la paroisse.
   C'est dans le coffre que les rois de France serraient leur liste civile. Les courtisans aux aguets «dormaient sur le coffre», disait-on sous Henri IV. Le coffre du roi et celui de la paroisse étaient proprement la caisse royale et la caisse de la fabrique. «Coffre très beau, coffre mignon, / Coffre du dressouer compagnon. / Coffre garni d'une ferrure / Tant bonne, tant subtile et seure, / Que cetuy sera bien subtil / Qui l'ouvrira de quelque oustil» (CORROZET, Les Blasons domestiques).
   Le coffre, dans les demeures acadiennes, sert aussi le siège. C'est sur un coffre, dans un coin reculé, que les garçons «veillent avec les filles».
   Nous disons aussi, comme en France, le coffre de l'estomac, pour le creux de l'estomac: «Le coffre de la poitrine». (BOSSUET, Conn. II); C'est le solar plexus des boxeurs; «La petite bourgeoise de Paris prononçait un coffe, du suque, une tabe». (ROSSET). Je crois que les anciens Acadiens prononçaient de même. C'est comme pour Joffre, le glorieux vainqueur de la Marne, que ceux de sa région appellent Joffe.

   COFFRÉ. P. p. Une planche coffrée, c'est une planche que la chaleur a fait s'arrondir, qui a perdu sa forme en séchant.
   On dit d'un homme qu'il a l'estomac coffré, quand sa poitrine rentre.

   COIFFER (Se). Se couvrir: Coiffez-vous, s'il vous plaît. À l'origine, la coeffe était «une couverture légère de tête tant pour hommes que pour femmes». ([Dictionnaire de] Trévoux).
   COINTER. On dit coincer en France, mais le dictionnaire académique ne reconnaît ni l'un ni l'autre terme. Assujettir, fixer avec un coin. Un marin me disait qu'il avait «atoqué sa goélette sur des blocs et l'avoit cointée des deux côtés».
   «Leurs chappeaux cointroient, / Leurs gippons nestoient, / Leurs moutons pourvoient / Ceulz qui sont mal duys». (GRÉBAN, Le Mystère de la Passion, XVe siècle). Le commentateur rend cointer par parer.
   Cointer se dit aussi pour acculer, presser. C'est dans le sens de presser qu'il faut, je crois, entendre coiter, dans cet extrait de la Chronique de Henri de Valenciennes: «Nostre gent coitèrent Lombars de si près, que ils les firent par droite fine force rentrer ou chastel». Elie de S[aint]-Gilles (v. 642) parle d'un cointé desperon.
   Au figuré: réduire à quia: Je l'ai cointé, il n'a pas su quoi répondre. Nous disons aussi dans le même sens: Je l'ai rembarré.
   [Bulletin du] parler français [au Canada] de Québec: «Cointer: Coincer; enfoncer un coin dans la pointe d'une cheville traversant un assemblage de part en part».

   COLÉREUX. Colérique, irascible.

   COLLECTER. Percevoir des fonds. Autre mot que nous avons pris aux Anglais qui le tenaient de France: «Lesquelles paines et amendes devant dictes sont collectez au commendement de noz dis eschevins». (Ordon[nance], cité par La Curne [de Sainte-Palaye]).

   COLLECTEUR. Percepteur: Collecteur à la douane. Nos puristes canadiens condamnent ce sens, pris directement de l'anglais collector of customs. Peut-être n'ont-ils pas tort. On le trouve cependant avec cette acception dans la vieille langue: «Le père d'Horace était un affranchi, qui devint collecteur d'impots». (MONTIER, Horace à Tibur).
   De son côté, l'Académie donne: col-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.