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CONNU!
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CONTEUX DE CONTES

table, dans l'ancienne langue, se prononçait connétable.
   Les premiers connestables furent des gardiens d'écurie, comes stabuli, avant de devenir les plus hauts dignitaires de la monarchie.
   «Comme ung duc, comme ung connestable». (COQUILLART); «Le Connestable et ses enfants». (BRANTÔME).
   Le latin classique avait stabulum et le latin populaire, estabulum.

   CONNU! Exclamation signifiant qu'on n'est pas dupe: Tu dis que tu as pris une truite de cinq livres? — Connu!

   CONSENTANT DE (Être). Nous disons: Je suis consentant de faire ce que vous me demandez; Il est consentant de prendre mon offre, pour: je consens, il est d'accord.
   De tout temps les meilleurs écrivains de France — Racan, Commynes et plusieurs autres que je pourrais citer — se sont servis de cette expression. On s'en sert encore dans le parler dialectal comme en témoigne George Sand dans ses romans champêtres.
   «Préalablement le roy mist hors d'avec luy ceux qui avoient été consentant de la mort du feu duc de Bourgogue». (Chronique de la Pucelle).
   Selon l'Académie, consentant ne se dit guère qu'en termes de pratique, et elle ne fournit aucun exemple de consentant suivi d'une préposition.

   CONSERVATEUR. Partisan appartenant au parti politique de ce nom.

   CONSISTANCE. Nous disons: Ça n'a pas de consistance, pour ça n'est pas logique; Cette histoire n'a pas de consistance, n'est pas vraisemblable; Ce que vous dites n'a pas de consistance; «Inconséquence, manque de suite dans les idées, les discours, les actions». (CLAPIN, Dic[tionnaire] canadien-français).
   CONSISTER. Nous disons: Cela ne consiste en rien, pour cela n'a pas d'importance. Je n'ai trouvé cette locution dans aucun auteur français, ni ancien ni moderne, mais elle a très certainement existé en France, peut-être y existe-t-elle encore, car nos gens ne l'ont pas inventée.
   Consister avait plus d'emplois, dans l'ancienne langue, qu'il n'en a dans la contemporaine: «En la fin nos ennemis ne consistèrent point devant nostre face». (CALVIN, Sermon sur le Deutéronome).

   CONTABLE. Qui peut, ou ne peut pas, être raconté: Cette histoire-là n'est pas contable.

   CONTER. Nous faisons quelquefois suivre ce verbe de la conjonction que: J'ai entendu conter qu'il était riche, pour j'ai entendu dire. Conter et compter viennent l'un et l'autre de computare, ce qui fait que la graphie les confond souvent: «Jay ouy compter que le pape Jean XXII...». (RABELAIS, Pantagruel).
   Nous disons conter des contes, comme on disait autrefois conter des oraisons (réciter des prières).
   «Les aultres comptans de beaulx comptes et de belles aventures». (ARRAS, [Le Roman de] Mélusine); «J'ay ouy compter le compte d'un chevalier et d'une dame qui...». (LA TOUR).

   CONTEUX DE CONTES. Celui qui, dans une réunion, a la spécialité de conter des contes lesquels, pour la plupart, sont des légendes, des histoires de revenants, de loups-garous ou des récits merveilleux. «Peau-d'Âne m'était conté, / J'y prendrais un plaisir extrême». (LA FONTAINE). Conteur se disait pour avocat anciennement. Philippe de Novare appelle conte son traité: Des quatre tenz d'aage d'ome.
   Les écrivains préfèrent: un diseur de contes.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.