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CONTREDITS
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CORDEROI

   CONTREDITS. Ce terme de procédure s'entend, quelquefois, dans le langage courant: Il n'y a pas de contredits possibles à ce que je vous dis.
   «Sans tant de contredits... / Travaillons, les frelons et nous». (LA FONTAINE, [Fables], Les Frelons et les Mouches à miel).

   COPE. Nous avons pris ce mot des Anglais. Nous disons: une cope de thé (une tasse), comme ils disent a cup of tea. Cela n'empêche qu'au moyen âge, cope, «Copa, mensura vinaria, olearia et salinaria, olearia et salinaria», était une mesure de capacité. Nous avons repris aux Anglais ce vieux mot français qu'ils ont jadis dérobé à nos yeux. Cope et coupe, c'est le même mot.
   «A son oste ki la tenoit / Dont celle cope li venoit». (Dolopathos).
   Les Canadiens disent une coppe pour un sou. Ceci est un larcin fait aux Anglais: copper. «Bedevers devant il alloit, / Qui le Cope le Roy portait». (Roman de Brut).

   COPIAGE. Action de copier; copie.

   COQUEMAR. L'Académie le définit: «Espèce de pot... ayant une anse, et servant à faire bouillir ou chauffer de l'eau». C'est bien cela. Les Canadiens disent bombe, au lieu de coquemar.
   Ce mot, peu connu en France aujourd'hui, est d'un usage universel parmi les Acadiens. On le trouve épelé coquemart dans Rabelais: «Le brimballeur qui tient le coquemart». D'après certain commentateur, coquemart serait mis ici pour bénitier.
   Coquemare se disait pour sorcière en vieux français, ce qui fait, peut-être, que le mot est malvenu aujourd'hui dans la langue.

   COQUERELLE. Insecte répulsif. N'a rien de commun avec la coquerelle, pulsatilla, ou clochette des champs. «Kokerulle: Ce mot dont je
ne saurais déterminer le sens avec précision, était usité en Flandres et en Brabant au XIIIe siècle. Il servait de cri de ralliement aux ouvriers et à la populace d'Ypres dans une émeute violente contre les nobles... en 1280». (FALLOT, Glossaire)

   COQUINAGE. Coquinerie, acte de malhonnêteté.

   COQUINER. Prononcé kotchiner, le qu se mouillant. Tricher au jeu, agir malhonnêtement en affaires. Formé sur le substantif coquin.

   CORBIGEAU. Gros courlis; numenius longirostris (Wilson). «Les courlis se nourrissent d'insectes, de petits poissons et surtout de baies noires ou graines noires, qu'au Labrador nous appelons graines de courlis ou de corbigeaux». (DE PUYJALON, [Récits du] Labrador); «Les graines de corbigeaux, empetrum». (FERLAND, Labrador, p. 74).
   Le mot est dans Rabelais, Cotgrave, etc.
   «Au coucher du soleil on voyait voler le corbigeau et l'alouette». (BERNARDIN DE ST-PIERRE, Paul et Virginie).

   CORDE. Sorte d'étoffe ou de gros drap.
   «Fors cote et seurcot de cordé». ([Chanson de] Roland, v. 9296).

   CORDEAUX. Guides, rênes. Corde attachée à la bride d'un cheval et avec lequel on le dirige. Mener un cheval par les cordeaux.
   Cordeau est le diminutif de corde. Le mot s'est conservé avec ce sens dans le centre de la France.

   CORDEROI. Un chemin de corderoi est un chemin fait de rondins posés transversalement dans un bas-fond. C'est un ancien mot français que nous avons repris aux Anglais. Ils l'épellent à l'antique: corderoy.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.