page



COULEURÉ
- 124 -
COURGÉE

   COULEURÉ. Coloré. Couleuré est formé régulièrement sur couleur; coloré, formé sur le latin color, sent son maître d'école.

   COUNAÎTRE. Connaître. «Je vous counais bien». (La Fille du comte de Pontieu, XIIIe siècle).

   COUP. Nous donnons à ce mot quelques emplois qu'on ne lui trouve pas tout à fait au Dictionnaire, comme dans cette phrase: Un coup qu'il s'est mis une chose en tête, il n'en démord pas.
   Un coup pour une fois est tout à fait français; on trouve cette locution dans les meilleurs auteurs: «Ne voyez-vous pas encore un coup que c'est elle qui est l'Église» (BOSSUET, Élévation [à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne], «XVIe Élévation»); «Le premier coup qu'il passa les monts». (BRANTÔME, [Vies des dames illustres], «Anne de Montmorency»); «Si mon style / Inutile / Sent un coup vostre faveur». (DES PÉRIERS, Poésies, p. 47).
   Cette manière ne se retrouve plus guère dans les auteurs contemporains. Nous disons encore: ce coup-ci, pour cette fois ici; «A ce coup-ci yert la jou desnoé». (DESCHAMPS, [Poèmes], «68e Ballade»).
   Je relève ceci dans notre parler: un coup qu'il aura fini, pour lorsqu'il aura fini.
   Les locutions suivantes sont plutôt familières: un coup qu'il dirait la vérité! un coup qu'il viendrait!

   COUPAILLER. Couper à la diable; couper maladroitement. Fréquentatif de couper.

   COUPE-PAILLE. Instrument avec lequel se coupe la paille qui se donne en fourrage aux bêtes à cornes.

   COUPURE (Herbe à). Orpin. Je crois que les paysans de France l'appellent herbe-aux-coupures.
   COURAILLER. Péjoratif de courir: Ce garçon-là ne fait que courailler les filles. Filles s'entend, ici, pour jeunes filles à marier. Courailler se prend toujours en mauvaise part.

   COURAILLEUX. Garçon qui couraille, qui galope les filles

   COUREUX. Coureur, qui aime à vagabonder, qui est toujours sorti, le soir, et dont la conduite est répréhensible.
   Un coureux de chemin est un chemineau, un vagabond, ce que les Anglais appellent un tramp: «Coureux, allons, francs de faux or...». (VILLON).
   Une coureuse est une femme ou une jeune fille qui se compromet à trop sortir.
   Les Canadiens appellent coureux-de-bois ces intrépides chevaliers de la forêt qui, dès le temps de Champlain, parcoururent presque tout le nord du continent américain. Ils avaient découvert les montagnes Rocheuses et descendu le Mississippi jusqu'à la Louisiane pendant que les Anglais n'avaient pas encore perdu de vue les rivages de l'Atlantique.
   Loti, dans Pêcheur d'Islande, parle des coureurs de la mer.

   COURGE. «C'est une barre de bois aplatie, qui s'applique sur le dos et sur les deux épaules. Une échancrure embrasse le cou, et deux cordes munies de crochets aux extrémités soutiennent les seaux, qui sont suspendus à droite et à gauche». (VERRIER [et ONILLON], Gloss[aire des patois et des parlers] de l'Anjou).
   Cette courge — les cordes ont été remplacées par deux pièces de bois tombantes — est encore en usage aujourd'hui en Acadie.

   COURGÉE. Charge qu'on porte avec une courge: une courgée d'eau. On trouve dans La Curne [de Sainte-Palaye]: «Une courgée de vin en deux seaux». Froissart emploie le mot.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.