page



CRA
- 127 -
CRAMPER

tions qu'on lui trouve, a celle que les Acadiens lui donnent, à savoir: «a sheltered recess in a coast; a small bay, creek; an inlet where boats may shelter.» (Murray, Dict.).
   Il y a apparence que le mot nous soit venu directement des Anglais. Si côve nous était venu de l'arabe, en passant par l'espagnol, il aurait, à n'en pas douter, conservé l'article arabe — al, lequel, s'agglutinant à côve, nous aurait donné alcôve, comme il est arrivé pour ce mot, assez récemment entré dans la langue française, aussi bien que pour al-chimie, al-cali, al-kohl, al-anbig, al-djebr, etc. Le terme le plus rapproché de cove, que j'ai trouvé dans les vieux auteurs, est cavain: «Ceux qui ont leurs repaires aux cavernes des montagnes». (BAÏF).
   Rabelais aussi donne le mot. Mais il n'est guère probable que cavain, habitant des cavernes de montagne, soit apparenté à côve, lequel, chez nous et chez les Anglais, aussi bien que chez les Corses, est un terme à toutes fins maritime.

   CRA. Cri du corbeau. Onomatopée.

   CRAINTE. Nous employons toujours le mot elliptiquement, sans le faire précéder de la particule de: Crainte de vous déplaire, je n'irai pas à la ville. Nous dirions aussi, avec Madame de Sévigné: «Crainte qu'on vous cherche ailleurs». L'Académie tolère ces deux manières, mais certains grammairiens condamenent crainte ou de crainte suivi de que.

   CRÂLÉE. Abondance, grande quantité: une crâlée de maquereaux. Ce mot nous vient de la Normandie.

   CRÂLEMENT. Subst. Bruit que fait un objet en crâlant: un crâlement de chaussures neuves.

   CRÂLER. Des souliers neufs qui font un bruit de craquement, quand on les porte pour une première fois, crâlent; un édifice que le vent tour-
mente crâle, s'il n'est pas absolument solide. On entend quelquefois une poutre crâler, avant de casser. D'où vient le mot? Peut-on l'associer à crouler, à grouiller, à rouler, à craquer? C'est aux savants à nous le dire. En attendant, voici ce que je trouve.
   Delvau, (Dict[ionnaire] de la langue verte), nous dit que craquer, c'est faire du bruit en marchant, et l'abbé Joutras que: «Craque se dit d'une chaussure dont la semelle fait du bruit». C'est ce que les Français appellent souliers à musique. Nous donnons et les Canadiens également, à craquer, le sens que nous trouvons dans Delvau et dans l'abbé Joutras. Mais, pour avoir à peu près le même sens, craquer n'est pas le même mot que crâler.   

   CRÂLI (En). Se prendre en crâli, c'est se prendre en grappe, se jeter les uns sur les autres comme, par exemple, dans une bagarre. Un romancier moderne, décrivant une bagarre où les manifestants s'étaient pris en crâli, rend la locution par «grappe humaine».

   CRAMAILLÈRE. Crémaillère. Cra- et non cré-, est la première syllabe de ce mot en wallon, en rouchi, en picard, en champenois, en espagnol, etc.
   «Il y a deux perches suspendues où ils pendent leur cramaillère». (SAGARD, 251).
   On trouve cramalucum dans les capitulaires de Charlemagne. Notre mot vient probablement de là.
   «J'ordonne principalement / Mes brayes, estans aux cramaillières / Pour coeffer plus honnestement / Samye Jehanne de Millieres». (VILLON, [Le] Petit Testament).

   CRAMPE. Crampon. Les deux se disent.

   CRAMPER. Cramper des bottes, c'est les mettre sur la forme; cramper des pantalons, c'est leur donner la coupe et les presser.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.