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CROC
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CROUSTILLANT

   CROC. Dans croc signifiant grapping, le c final sonne. Il sonne également dans croc, avec le sens de terrine à beurre, pris de l'anglais. Il est muet dans croc, dent de chien ou toute autre grosse dent, et aussi en parlant de moustache aux pointes recourbées et de favoris.
   Nous disons aussi: Ça fait croc sous la dent (en faisant sonner le c fortement).

   CROCHERIES. Réunion de crocheteuses, c.-à-d., de jeunes filles et femmes, où l'on confectionne au crochet des nattes, prélarts, etc. et surtout où l'on s'amuse ferme.

   CROCHETEUSE. Qui fait de la dentelle, des nattes, etc., au crochet: C'est une bonne crocheteuse (Îles-Madeleine).

   CRÔLER. Se rapproche davantage de crâler, quant à la forme, mais la signification que lui donnent les anciens auteurs est différente. «Quand le souldich l'eut entendu, si crosla la tête et le regarda fellement». Ici crosler (prononcé crôler) signifie remuer, branler. Même sens dans la chanson d'Elie de S[aint] Gilles:
   «Quatre jors se fist morte en son palais meesme, / Que onques ne crosla ne puing, ne pied, ne membre».
   Et aussi dans le Roman de la Rose: «Sans pié, sans mains, sans doi croller». Krulla, en islandais, signifie remuer.
   Crouler, doublet de crosler, s'est dit longtemps en France pour remuer. La Fontaine l'entend aussi dans ce sens-là: «Jupin croulant la terre». Mais il avait aussi le sens de trembler, comme en témoignent ces vers d'Alexandre d'Albéric de Besançon (XIe siècle): «Reys Alexander quand fut naz (né). Crollet la terra de tot laz (de toute part)». Plusieurs autres auteurs donnent à croler le sens de trembler: «La terre crolle et li cieux tourne». (Roman de Thèbes); «Tote la terre crollait». (Dolopathos).
   L'application que nous faisons de ce mot se rapporte aux souliers qui crâlent. Nos gens crispent quand, durant le sermon, quelqu'un sort ou entre en faisant crâler sa chaussure. À rapprocher de ce statut du chapitre de Reims, A.D. 1435: «Quod nullus cum calepodiis (souliers) strepidum facientibus per ecclesiam incedat».
   Grôle s'entend pour chaussure aux environs de Lyon. En vieux français, grolles se disait pour vieille savate. D'autre part, on trouve crôlement, croll, crouel, croull, crosl, croleis pour tremblement, secousse, ébranlement, dans l'ancienne langue.

   CROPION. [Aussi] Croupignon. C'est cropion, et non pas croupion, que l'on entend au centre de la France dans le parler dialectal.
   «Plus rien ai le cropion chault». (VILLON).
   Le Roman de la Rose donne crespon pour croupion.
   «Des cropions de divers oyseaux». (MONTAIGNE).
   Les grammairiens ont longtemps hésité entre cropion et croupion. C'est Ménage, je crois, qui a fait prévaloir croupion.
   Cropion est d'origine germanique. Le o de kropf s'est allongé en ou, en descendant vers l'Italie, d'où croupe, dont croupion est le diminutif.

   CROQUANT. Cartilage dans la viande de boucherie.

   CROSSE. Bâton à tête recourbée, dont on se sert pour jouer à la crosse, jeu national des Canadiens: jouer à la crosse; le jeu de crosse. Ce jeu nous vient des Sauvages.
   On trouve croche pour crosse dans Merlin.
   Il peut se faire que crosse soit une déformation de croche. Dans ce cas, le mot aurait un radical celtique ou germanique et non latin.

   CROUSTILLANT. Croustilleux. [Ces deux mots devraient être inver-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.