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D'ABORD QUE
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DARNIER

   D'ABORD QUE. Puisque: D'abord qu'il le dit, il faut le croire; D'abord que vous y tenez, je le ferai; «Mai d'abord qu'acos lei» (mais puisque c'est la loi). (MISTRAL, Les Olivades).
   Se dit aussi pour lorsque, aussitôt que: D'abord qu'il sera arrivé, nous en parlerons; «Je n'en ai point douté, d'abord que je l'ai vu». (MOLIÈRE, [L']École des Femmes, V. 9); «D'abord que D'Estouteville avait été assis, il avait commencé à pleurer». (La Princesse de Clèves, 2e partie); «D'abord qu'elle fut enterrée...». (PATOU, La reine de Suède à l'Académie).
   L'ancien français disait: primes que.

   DALLE. Conduite pour eau, faite d'une pièce de bois creusée ou de deux planches clouées à angle droit, sur la longueur. Dalle est un terme marin transporté à terre.
   Au figuré, se rincer la dalle, c'est se rincer le gosier, boire un coup.
   Une dalle, en Normandie, c'est un dalot.

   DALLÉ (Couteau). J'ai entendu couteau dallé et couteau dollé. Je ne saurais dire qu'elle est la meilleure locution, mais je penche pour dol[l]é.
   Daille se dit en plusieurs endroits de France pour faux et dailler pour faucher: «La mort avec son dail l'eust faulché et cerclé de ce monde». (RABELAIS, Prologue).
   Doler, c'est, en français, dégrossir des douves avec une doloire. Au Canada, c'est «dégrossir, façonner un tronc d'arbre, etc. avec une hache». (CLAPIN). Un doleur est un équarrisseur de bois à la grand-hache.
   En Anjou, on appelle doleau un grand couteau très lourd, servant à équarrir les ardoises. Notre couteau dollé, qui est le même instrument tranchant, mais plus petit, sert à dégrossir un tronçon d'arbre ou à aplanir une pièce de bois. Radical: dolare, même sens (voir couteau dallé ou dollé).
   DALOT. Petite dalle. C'est un terme de marine transporté à terre. Une gouttière est un dalot.
   «Un dalot dans lequel coule de la belle or». (BARBEAU, Contes populaires canadiens, [Journal of American Folklore, vol. 30, no 115, 1917]).

   DALTER (En). Désirer ardemment: Il en dalte d'y aller; Il brûle du désir d'y aller.

   DAMPTER. Dompter. Les deux se disent. On a dit danter pour dampter dans la vieille langue: «Cil roi de gloire la danta et en l'abisme la planta». (Évangile de Nicodème, v. 1533-4).
   On trouve aussi danter dans [Elie ou la Vie de] S[aint] Gilles.
   Les Anglais ont conservé cette manière dans undaunted du latin dominare.

   DANS. Ce mot a plus d'acceptions en Acadie qu'on ne lui en donne à l'Académie. Par exemple, nous dirions avec Fléchier: «Il avança dans les charges», et avec Bossuet (Lettre aux Ursulines de Meaux, 1685): «Une favorable ouverture pour avancer dans la perfection».
   Nous disons aussi: J'irai vous voir dans l'été, pour dans le cours de l'été.

   DARDER (Se). Fondre sur quelqu'un; s'élancer subitement comme un dard. L'Académie le donne comme verbe actif seulement; nous l'employons aussi comme pronominal: Il s'est dardé sur moi; Le chien s'est dardé sur lui.

   DARDILLON. Pointe d'un aim.

   DARNIER. Dernier. C'est ainsi que le mot se prononçait dans l'ancienne langue, et s'est prononcé jusqu'au XVIIe siècle en France: «Quant ce vont en darrenier». (Roman de la Rose, v. 8035).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.