page



DARTE
- 137 -
DE

   DARTE. Dartre. «S'il lui venait quatre ou cinq dartes?» (SCARRON, Oeuvres, I, 224).

   DATIF. Le datif se traduit en français par la préposition à: rendre à César ce qui lui appartient.
   On trouve dans l'ancienne langue quelques exemples du datif, qui sont devenus hors d'usage, comme: «Ne placet Deu, ne ses seing, ne ses angles» de la Chanson de Roland qui se dirait aujourd'hui: Ne plaise à Dieu, ni à ses saints, ni à ses anges.
   Il reste cependant dans la langue quelques mots qui ont été pris directement au datif antique et qui ont gardé la flexion: lui, autrui, celui. Dieu merci, pour merci à Dieu, est un datif dissimulé.
   Il me parle, pour il parle à moi, en est un autre. Dans aidez-moi, moi est un véritable datif mihi; aussi bien que dans rendez-moi mon fusil.
   On peut ranger parmi nos datifs dissimulés: couteau-deux-manches qui se dit en Acadie pour couteau à deux manches. Peut-être aussi faux-manche qui, cependant, peut se décomposer aussi bien en manche de faux qu'en manche à faux. On peut y ajouter pot-ordures pour pot à ordures, et encore harbe-outarde pour herbe à outarde.
   Nous avons la Pointe-Sapin, la Pointe Schimnâque, pour la Pointe-au-Sapin, etc., tout comme les Canadiens ont l'Île-aux-Grues, la Pointe-au-Père, la Pointe-aux-Trembles. Nous avions la Pointe-au-Chêne, qui est devenu la Pointe-du-Chêne.

   D'AUCUNS. Aucun, quelques-uns: «Il y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents». (MOLIÈRE, [Le] Malade imag[inaire], II, 7).
   La Harpe condamne aucuns, au pluriel, et cela quoiqu'on le trouve dans Molière, Boileau, La Fontaine, Amyot, etc. Nos gens, qui ne lisent pas La
Harpe, tombent tous sous le coup de sa condamnation.

   DAVIT. Nom propre. Nous prononçons le nom de ce grand roi juif comme les Français de France le prononçaient autrefois: Davit, en faisant entendre le t. C'est l'écriture, ce sont les savants qui ont fait le changement.

   DE. La préposition de avait beaucoup plus d'emplois, dans l'ancienne langue, qu'elle n'en trouve chez les écrivains d'aujourd'hui. Nous avons conservé la plupart de ces emplois. Ainsi, nous disons de soir au lieu de ce soir: J'irai vous voir de soir. Ce de remonte aux origines de la langue. C'est avec un de pareil qu'a été formé le mot de-main, du latin de mane. L'Académie admet de grand matin. Les Canadiens disent à soir: «Vous devriez être bons pour traverser à soir». (HÉMON, Maria Chapdelaine). Nous disons aussi de nuit pour durant la nuit: Vous partirez de nuit pour le large; Il est arrivé de nuit; «Il faut aller de nuit». (RONSARD, [Élégies, mascarades et bergerie], «Élégie XIV»); «Les pharisiens qui avaient envoyé le prendre de nuye». (MAILLARD, Passion de N.S.); «De soir». (DES PÉRIERS, Poésies, p. 82); «Il entra de nuit en une nef appareillée». (FROISSART).
   Nous disons également de jour: ne naviguez que de jour; travailler de jour; «Il estait encore beaucoup de jour». (BRANTÔME, [Vies des dames illustres], «Anne de Montmorency»).
   On lit dans la plupart des auteurs contemporains: Il est midi dans vingt minutes; Il est minuit dans un quart. Nous disons: Il est vingt minutes de midi, ou encore: Il manque vingt minutes de midi; Il est minuit d'un (de un) quart; «Le combat commença à deux heures de l'après-midi et dura une heure de minuit». (BRANTÔME, [Vie des hommes illustres et des grands capitaines], «Don Hugues de




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.