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DÉBAGOULER
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DÉBARRER

Moncade»). Nous disons comme Molière, ([Les] Femmes savantes): «Je ne souffrirais pas, si j'étais que de vous, / Que jamais d'Henriette il put être l'époux». Et comme George Sand, ([La] Petite Fadette): «Il était un peu menuisier de ses mains». Et avec Bossuet: «Qu'est-ce que de nous?» De La Fontaine: «La rivière devint tout d'un coup agitée», vers condamné par certain puriste. Nous disons comme La Fontaine. [Elie ou Vie de] S[aint] Gilles dit, et nous disons avec lui: «Il est riche de terre et d'héritage». Et avec Madame de Sévigné: «Je n'ai point d'autre raison à vous dire de n'avoir pas répondu à votre dernière...» Et avec Regnard: «Oh! l'on agit de même avec les gens de la cour». Corneille écrit: «De moi, je ne veux point, comme le bas vulgaire / De tes divers emplois divulguer le mystère». De moi est ici pour moi. Nous disons l'un et l'autre.
   Nous disons encore: aller de reculons; Il est arrivé de bonne heure; Si j'étais de vous ou que de vous; Il est adroit de ses mains; De quoi? (forme d'interrogation) pour plaît-il?; Un homme d'âge (Un vieillard); À une heure de soleil (avant le coucher du soleil); Il est bien changé de ce qu'il était; aller de son pied (à pied); se mettre de genoux; Je ne peux plus avancer de ce que je suis fatigué; Il est revenu de la semaine passée; Tout d'un coup il lâcha un cri; Il s'est séparé d'avec moi; Je ne l'ai su que d'hier; Il est riche de terres. Toutes ces manières de dire ont eu cours en France, autrefois; le plus grand nombre s'y retrouve aujourd'hui, parmi le peuple; les écrivains contemporains en emploient quelques-unes, conservées à l'Académie et sanctionnées par elle. J'ai cru bon, tout de même, de les rappeler.

   DÉBAGOULER. Quoique à l'Académie cette expression n'est plus guère en usage parmi les écrivains, elle est très courante en Acadie. D'ailleurs, le Dictionnaire ne lui attribue que le
sens de vomir. Débagouler, absolument, c'est parler à tort et à travers, le plus souvent en mal: débagouler contre quelqu'un; «Il se mit ainsy à débagouler contre M. le connestable». (BRANTÔME, [Vie des hommes illustres et des grands capitaines], «François 1er»). Du même auteur: «Qu'on débagoule contre elle tout ce qu'on voudra»; «M. le duc d'Orléans me débagoula (car c'est le terme qui convient à la façon dont il se déchargea) que je voulais qu'il fit tout ce qui me plaisait». (SAINT-SIMON).
   [Guez de] Balzac — celui du XVIIe siècle — emploie le mot presque en bonne part: «Débagouler des jolis propos». Formé sur bagoul (prononcé bagou).

   DÉBARQUER. Terme maritime, transporté à terre. Nous débarquons d'une voiture comme les marins d'un navire, d'une barque. Nous débarquons aussi une valise d'un train de chemin de fer.
   Absolument, débarque! à l'impératif, se dit familièrement pour cesse, achève.

   DÉBARRAS. Pièce, remise où l'on dépose les objets de rebut ou qui ne sont pas d'utilité immédiate.

   DÉBARRASSER. Terme de foresterie. On débarrasse, en forêt, un espace pour y bâtir une cabane, y asseoir un camp. Débarrasser la table, c'est la desservir en enlever les plats. Les Canadiens disent ôter dans le même sens: ôter la table.

   DÉBARRER. On débarre et barre une porte aussi bien avec une clef, figurativement, qu'avec une barre. Ronsard (La Franciade, liv. II) transporte la catach- rèse jusque dans les cieux: «Incontinent que l'Aube jour apporte, / Du grand Olympe eut desbarré la porte».
   Débarrer se dit aussi pour rendre à la liberté quelqu'un qui était embarré, c'est-à-dire, enfermé sous barre.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.