page



DÉBISCAILLÉ
- 140 -
DÉCAMPE

Canadiens? On l'entend surtout au pays de Québec. Se rattache-t-il au vocable anglais beef (prononcé bif d'où bifteck)? Je ne l'ai rencontré nulle part dans l'ancienne langue.

   DÉBISCAILLÉ. Défait, débiffé [voir ce mot] (familier). Biscayé ou biscaillé se dit, par les riverains de la Moselle, d'une personne qui a l'air malade, dont le visage est défait.

   DÉBONNAIRE. Nous avons le mot airage ou hairage pour race, pour pedegree, parlant des animaux. Il y a toute apparence que débonnaire, en ancien français de bon aire, ne soit autre chose que de bon airage.

   DÉBOTTER. Débotter un cheval, c'est enlever la boue, la neige, qui adhère à ses sottilles (sabots). On dit, dans le même sens, dépatter en Berri.

   DÉBOULEMENT. Éboulement: un déboulement de terrain.

   DÉBOULER. Ébouler, s'écrouler, dégringoler. S'effondrer: Le vent a fait débouler la maison; Le terrain a déboulé. Se dit aussi, au figuré, pour accoucher: Elle est à la veille de débouler sa cheminée; La cheminée a déboulé chez un tel, c.-à-d., un enfant est né. Abouler se dit pour accoucher en langue argotique et dans certaines provinces de France. Abouler, chez les Canadiens, se dit pour finir, arriver au but, accoster. Signifie encore culbuter: Il l'a déboulé d'un coup de poing.
   La même expression a cours en Anjou. On dit déiboulier pour défaire, détruire, dans le département de l'Isère. En langage populaire, bouler quelqu'un c'est, en France, le rouler. Le Père Duchène (Lettres) donne à débouler le sens de finir précipitamment: «Débouler grand train». On lui trouve celui de lâcher la boule de la main dans la vieille langue.

   DÉBOULIS. Éboulement: «Un déboulis de billots a écrasé Chamber-
land». (BARBEAU, Anecdotes [populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920]).

   DÉBOUQUER. Cesser de bouquer (bouder), se remettre de bonne humeur: Il te parlera, maintenant; il est débouqué (voir bouquer).

   DÉBOURDER. Dégager une voiture bourdée, c.-à-d. engagée dans la boue ou prise de telle façon qu'elle ne peut plus avancer. Le cheval bourde lorsque la charge est trop pesante. Dans la vieille langue, on trouve débourder avec le sens de railler, se moquer.

   DÉBOURRER. Ce mot parmi nous a tous les sens qu'on lui trouve en France, même celui de débourrer sa pipe. Il signifie, en plus, déballer, désenvelopper, enlever l'enveloppe, la couverture: débourrer un paquet. C'est le contraire d'embourrer. Le vieux français donnait à desvelopper la même signification. Développer, c'est enlever l'enveloppe; débourrer, c'est ce débarrasser de la bourre.

   DÉBOUTONNER (Se). Au figuré, dire franchement tout ce qu'on a sur le coeur. L'expression est très courante en France.

   DÉCABANER. Quitter sa cabane, changer de cabane: «Le Missionnaire... le plus souvent, n'ayant mangé qu'un morceau de viande salée, avant qu'on décabane». (Missions du Canada, vol. II).

   DÉCALVENTRÉ. Écalventré. Débraillé; avoir la poitrine, le ventre, mi-découvert.

   DÉCAMPE. Allure, maintien, mine. Il n'a pas de décampe: «Elle avait une belle décampe». (BARBEAU, Anecdotes [populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920]).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.