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DÉCANILLER
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DÉCLAIRER

   DÉCANILLER. Déguerpir. Aussi faire lever prestement de son lit quelqu'un qui s'attarde à dormir: Je l'ai décanillé de son lit; Voyons, décanille-toi. Ce mot a cours aujourd'hui encore, dans plusieurs provinces de France.
   Verrier [et Onillon] (Glossaire [des patois et des parlers] de l'Anjou) donne à caniller le sens de flâner, s'en aller flairant partout à la manière des chiens.
   Du Méril nous dit qu'en Berri décaniller c'est «fuir comme un chien».
   De toute évidence, décaniller a pour radical canis, chien. Décaniller c'est, proprement, faire sortir du chenil, kennel, en anglais.
   Le [Bulletin du] parler français [du Canada] de Québec confond décaniser avec décaniller lorsqu'il nous dit (novembre 1915, p. 139), que «décaniser une ville, c'est tout simplement y supprimer les chiens».
   On trouve le mot décaniyer dans l'ancienne langue. Certains auteurs modernes l'ont employé: «Et décanillés, ces amants». (VERLAINE).
   L'argot lui attribue le sens exact que nous lui donnons ici, c.-à-d., qu'il est allé le déterrer là où nous l'avons pris, chez les ancêtres, les premiers ouvriers de la langue, ceux qui connaissaient le mieux leur métier. Je lis dans Brantôme ([Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «Le Maréchal de Biron»): «Quand il n'aurait jamais faict autre chose sinon que faire conniller un roy de Navarre». Conniller, ici, doit s'entendre d'un lapin au lieu d'un chien: déloger comme un lapin.

   DÉCAPOTER. Enlever son capot: Décapotez-vous, et mettez-vous à l'aise. Les pêcheurs de la Gaspésie disent métaphoriquement: décapoter une baleine. Ceci est une catachrèse. Décapoter un marsouin, pour le dépecer, en est une autre.

   DÉCARCANER. Le contraire de carcaner; enlever un carcan.
   DÉCATIR. Défraîchir, s'émacier, se faire vieux: Voyez donc comme il est décati!

   DÉCEINTURER. Enlever la ceinture, déboucler.

   DÉCHARGER. Renvoyer, congédier: Il a déchargé tout son monde; Je serai obligé de le décharger s'il ne fait pas mieux que ça. De l'anglais to discharge: «Il n'est pas déchargé, que les pensions courent». (LA BRUYÈRE, [Les Caractères], «des Jugements»).

   DÈCHE. Misère, pénurie. Être à la dèche, c'est être au dernier sou, sans ressources, dans la misère noire.

   DÉCHEVILLER. Enlever une cheville.

   DÉCIDER SUR. Se prononcer, prendre une décision. Nous disons comme Mme de Sévigné: «Pourquoi ne décideriez-vous pas sur ce qui est nécessaire

   DÉCIPLINE. Pour discipline. Dans nos collèges, le Préfet de décipline est celui qui est préposé aux punitions. Décipline a existé parallèlement à discipline, dans l'ancienne langue: «Encor viendra tout à tens l'eure / Que li maufë (le diable) noir comme meure (mûre) / Les tendront en lor desciplines». (RUTEBEUF); «Si prans Gérard, si en fai décipline». (Girart de Vienne).

   DÉCLAIRER. Déclarer. Le mot s'entend en Berri, en Touraine et dans le centre de la France. Il est formé directement et régulièrement sur clair. C'est l'ancienne forme et la bonne. On le trouve partout dans l'ancienne langue, chez Rabelais, Marot, Christine de Pisan, dans le Roman de la Rose, etc. Nous le disons aussi pour affirmer fortement, et les anciens le disaient dans le même sens que nous: «Si jadis je fus sur leur ranc, / Je




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.