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DÉCLENCHER
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DÉCONFORTER

déclaire que je n'en suys mais». (VILLON, [Ballades], «Double Ballade»); «Si je déclaire / Si qu'autruy le veoit, sent et flaire». (CHARTIER, [Le Livre des] quatre dames); «Je vous déclaire que déjà espousé l'avez». (MAROT).
   Declare en anglais se prononce déclaire.
   Nous disons aussi: Ne me déclaire pas, pour ne me trahis pas, garde mon secret.

   DÉCLENCHER. Lever la clenche d'une porte pour l'ouvrir. Au figuré, déchaîner, lâcher. Se dit surtout chez le peuple de France.
   Espérons que [les] messieurs de l'Académie, dans la prochaine (?) édition du Dictionnaire, donneront asile à ce mot.

   DÉCLINAISON. Toute trace de déclinaison a disparu de notre parler, comme de celui de France.

   DÉCLOUTER. Déclouer. L'un et l'autre ont été formés sur clou. Le t de clouter est une consonne intercalaire ajoutée pour amortir le choc des deux voyelles ou-er. Nous avons aussi déclouer. Pour la même raison d'euphonie, nous disons clouter au lieu de clouer.

   DÉCOINTER. Enlever un ou plusieurs coins. On dit décoincer en France, quoique le mot ne soit pas à l'Académie. Décointer me semble mieux formé que décoincer, venant directement de coin.

   DÉCOLLAGE. Pour les pêcheurs, action de décoller, c.-à-d., de couper la tête aux morues et de leur enlever les tripailles.

   DÉCOLLER. (Voir décollage).

   DÉCOLLEUR. Celui qui décolle et habille la morue, chez les pêcheurs. Terme marin.
   DÉCOLTAGE. S'écrirait décolletage, si ce mot était à l'Académie. Action de se décolter.

   DÉCOLTER. Décolleter. «De la prononciation décolter, on en était venu à dire, au présent, je me décolte, dans la bonne société». (DAUZAT).

   DÉCOMMANDER. Contremander: décommander un ordre, un achat, une commande. Formé régulièrement sur commander.

   DÉCOMPTER. Nous disons d'un malade atteint d'une maladie mortelle, pour qui il n'y a aucun espoir de guérison: Il est décompté; le docteur l'a décompté. Sous-entendu: de parmi les vivants.
   En vieux français, on disait: se décompter pour se séparer d'une troupe; aussi pour omettre de compter. À l'Académie, c'est déduire, rabattre d'une somme que le mot signifie.

   DÉCONFORTER. Et aussi se déconforter. Décourager; s'affliger profondément; aussi dissuader. L'Académie donne le mot comme vieux. Il l'était déjà en France au XVIIe siècle. Il est resté jeune en Acadie, où il a conservé toutes les acceptions qu'il avait dans l'ancienne langue.
   Nous disons: Il est déconforté d'avoir perdu sa mère; Je suis déconforté de mon fils qui ne veut pas m'écouter (m'obéir); J'ai essayé deux fois sans pouvoir réussir et je suis déconforté; Déconfortez-le d'y aller; Je comptais lui en parler, mais je me suis déconforté; Il ne faut pas qu'il se déconforte trop vite; Elle est là qui braille (pleure) et se déconforte.
   On trouve déconforté avec toutes ces acceptions dans les vieux auteurs; j'en pourrais citer cent exemples: «Ils furent moult déconfortez et ne sceurent que faire». (ARRAS, [Roman de] Mélusine); «Tandis que ceste désconfortée dame estait en ce pitoyable pleur». (La Fille du comte de Pontieu); «Femme, souffre-toy; pour ma mort ne




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.