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DÉFERRER
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DÉGRADER

nous disons: Je m'ai défendu; il s'a défendu, pour je me suis défendu, il s'est défendu. L'ancienne langue conjuguait comme nous ce verbe avec l'auxiliaire avoir: «Mais Conan s'a bien défendu». (Roman de Brut).

   DÉFERRER. Proprement ôter les fers. Au figuré, réduire à l'impuissance, à l'instar d'un cheval déferré sur la glace: Je l'ai vite déferré.

   DÉFIGER. Faire fondre ce qui était figé, gelé. Au figuré, dégêner, ramener le sourire sur les lèvres qui s'étaient glacées.

   DÉFILER. Défaire les fils d'un tissu.

   DÉFONCER. Se dit pour enfoncer: Défoncer une porte; La glace a défoncé sous mes pieds; «Les tabourineurs avoyent défoncé leur tabourins d'ung cousté». (RABELAIS, Gargantua).

   DÉFUNT. Subst. Nous disons: le défunt, la défunte; Le défunt était un bien honnête homme; La défunte a été longtemps malade.
   Le mot s'emploie aussi comme adjectif: mon défunt père, sa défunte femme; «Il est aussi savant que défunt cicéron». (REGNARD, [Les] Mén[echmes], III, 9); «Qu'en advint-il? Un jour, parmi les bois, Etienne vit toute fine seulette / Près d'un ruisseau, sa défunte tinnette». (LA FONTAINE, [Contes et nouvelles en vers], Les Troqueurs).

   DÉGELIS. Ouverture faite par le dégel dans la glace, le printemps: La glace est mauvaise; il y a des dégelis; tomber dans un dégelis.

   DÉGÊNER. Faire cesser la gêne: Il commence à se dégêner.

   DÉGLAUDER. Dénicher, découvrir, surprendre: La police en a déglaudé une belle nigée (nichée).
   DÉGOLFER. Néologisme local. Les Madeliniens (habitants des Îles-Madeleine) disent que les glaces dégolfent lorsqu'elles descendent le golfe Saint-Laurent, le printemps pour se perdre dans l'océan Atlantique.

   DÉGOSILLER (Se). S'égosiller. Eust. Deschamps (vol. IV, p. 309) donne à dégosiller le sens de dégobiller.

   DÉGOTER. Enlever ce qui est dans le got (voir ce mot); débarrasser le gosier. «J'argumente que les vomissements extrèmes et fréquents que je souffre me purgent et, d'autre costé, mes desgoutements et les jeûnes estranges que je passe, digèrent mes humeurs peccantes. (MONTAIGNE, Essais). Dégoût s'est dit dégot en vieux français. Potier (Fr. Canadien) nous apprend qu'on disait, au Détroit (en 1747) dégoter pour dégoiser: «J'ai dégoté tout ce que j'avais contre lui».

   DÉGOULINER. Tomber goutte à goutte: «À entendre sans cesse dégouliner les averses». (Pris d'un journal canadien). On dit en Anjou: dégouliner une charrue pour enlever ce qui s'attache au versoir.

   DÉGOÛTABLE. Dégoûtant.

   DÉGRADER. Terme de marine. Un bateau de pêche est dégradé quand il est désemparé; un équipage dégradé est ce que les Anglais appellent marooned; un navire hors de sa route est dégradé. «On appelait, autrefois, un matelot dégradé, celui qui s'était sauvé d'un naufrage». (Dict[ionnaire de] B[onne-foux] et P[aris], [Dictionnaire de marine à voiles et à vapeur]); «Et pour ne demeurer sur l'isle de l'Assention comme dégradé (ainsi que ceux qui estaient anciennement relégués en des îles par manière de punition)» (LESCARBOT). L'abbé Casgrain ([Légendes canadiennes], «La Jongleuse») emploie ce terme comme signifiant dépasser de vitesse: «Nous




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.